Jeûner ou allaiter, le difficile dilemme !

Tout le monde sait combien est dur d’observer le jeûne durant quelques 15 heures chaque jour pour toute personne en bonne santé alors qu’en est-il pour une femme enceinte ou allaitante ? Cela devient un réel défi quotidien voire même une question existentielle. Jeûner ou pas? Telle est le choix auquel est confrontée cette large frange de la société marocaine qui assure l’éducation des générations futures.
Du point de vue religieux, les femmes enceintes ou qui allaitement peuvent observer le jeûne si cela n’a aucun impact sur leur santé, confie à cet effet le président du Conseil local des oulémas de la préfecture de Skhirat-Témara, Lahcen Ben Brahim Sguenfle.
Mais si le jeûne peut avoir des répercussions négatives sur la santé des femmes enceintes et allaitantes notamment dans les derniers mois de grossesse ou sur le développement des bébés allaités. Dans ces deux cas, elles ont l’autorisation de ne pas faire le Ramadan, a-t-il indiqué à la MAP.

Dans cette situation, a-t-il dit, “leur cas est assimilé à celui du malade ou intègre la catégorie des personnes incapables d’observer le jeûne”, relevant que cette “autorisation” (Roukhssa) pour les femmes en question à ne pas jeûner tire sa raison d’être de clémence divine.
Pour le président du conseil des oulémas de la préfecture de Skhirat-Témara, si le fait de jeûner peut s’avérer dangereux pour la femme enceinte ou allaitante ou encore pour le nourrisson, il est strictement interdit, dans ce cas, de faire le Ramadan.
Toutefois, il tient à souligner que cette catégorie est appelée à rattraper les jours non jeunés successivement ou avec intervalle selon leur capacité et ce avant le Ramadan à venir. Elles doivent également nourrir un pauvre pour chaque jour non jeûné. Ce don peut être fait en nature (farine, huile, sucre et orge) ou par le biais d’une somme d’argent équivalente au profit d’une veuve ou d’un pauvre.
Côté santé, Dr Maria Achour, médecin spécialiste en gynécologie et obstétrique, souligne qu’il n’y a pas de contre indications majeur au jeûne pour les allaitantes encore moins quand il s’agit d’un allaitement non exclusif.
“Si le jeûne ne diminue pas la quantité du lait il pourrait en diminue la qualité, le lait serait moins épais moins gras et donc moins rassasiant”, a précisé Mme Achour à la MAP, assurant que “le lait maternel un trésor pour la mère et son nouveau né”.
“Quand on allaite, on est sûr d’apporter le meilleur aliment à son enfant pour sa croissance idéale ainsi que son développement neurologique et son immunité”, renchérit-elle.
Pour cette spécialiste très active sur les réseaux sociaux où elle prodigue ses conseils, l’allaitement maternel apporte également beaucoup d’avantages pour la femme. Si l’allaitement est maintenu pendant six mois, il diminue les risques de maladies cardio-vasculaires, le risque de diabète de la mère ainsi que celui du cancer de sein. Il favorise également une perte de poids.
Dr Achour prévient que jeûne devient dangereux notamment en cas de perte de poids du bébé ou stagnation, d”irritabilité du bébé, de selle verdâtre et de diminution d’urine.
Lors du jeûne, le principal risque encouru pour les mamans allaitantes reste la déshydratation.
Jeûner s’avère un pari difficilement réalisable pour les femmes allaitantes ou enceintes, c’est pour cela que cette catégorie doit absolument consulter avant d’observer le Ramadan.
Pour encourager l’allaitement, le ministère de la Santé consacre, tous les ans, la Semaine nationale de promotion de l’allaitement maternel. La dernière en date a été organisée du 15 au 21 avril dernier sous le thème “Allaitement maternel : un premier pas pour la prévention de l’obésité”.
Cette opération constitue une occasion pour relancer la pratique de l’allaitement maternel en vue de contribuer à la réduction de la morbidité et la mortalité infanto-juvéniles d’une part et à la prévention des maladies non transmissibles d’autre part.
Selon l’enquête nationale sur la population et la santé de la famille de 2018, quelque 35% des nourrissons sont nourris exclusivement au sein pendant les six premiers mois de vie et 42,6 % bénéficient de la mise au sein précoce durant la première heure qui suit l’accouchement.
De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande la mise au sein dès la première heure qui suit la naissance, l’allaitement exclusif au sein, c’est-à-dire ne donner au nourrisson aucun liquide ou aliment autre que le lait maternel, pas même de l’eau, l’allaitement à la demande, la diversification alimentaire à partir de 6 mois tout en continuant à être allaités au sein jusqu’à deux ans, voire plus, ainsi que l’interdiction des biberons, des tétines et des sucettes.
En plus d’apporter au nourrisson tous les nutriments nécessaires au cours des six premiers mois de sa vie, et de le protéger contre les maladies infantiles fréquentes comme la diarrhée et la pneumonie, des données probantes indiquent que l’allaitement au sein a des bienfaits à plus long terme, tels que la réduction du surpoids et de l’obésité pendant l’enfance et l’adolescence.

Fadwa El GHAZI

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