Espagne : José Manuel Albares accuse le Parti Populaire de mener une politique « anti-Marocaine »

La politique étrangère espagnole est au cœur d’une vive confrontation entre le gouvernement de Pedro Sánchez et le Parti populaire (PP). Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a lancé une accusation particulièrement sévère en qualifiant le principal parti d’opposition de formation « anti-marocaine », estimant qu’il instrumentalise les relations avec le Royaume du Maroc à des fins de politique intérieure.
Selon Albares, le PP fait de la relation stratégique entre Madrid et Rabat un terrain de confrontation partisane, alors même que les deux pays ont considérablement renforcé leur coopération depuis 2022. Cette dernière couvre des domaines essentiels tels que la sécurité, la lutte contre l’immigration clandestine, les échanges économiques, le commerce, la coopération policière ainsi que l’organisation conjointe de la Coupe du monde 2030 avec le Portugal.
Le chef de la diplomatie espagnole reproche également au PP son ambiguïté sur la question du Sahara marocain. Alors que le gouvernement Sánchez soutient officiellement le plan marocain d’autonomie comme « la base la plus sérieuse, crédible et réaliste » pour résoudre ce différend, le Parti populaire refuse de reprendre cette formulation et continue de défendre une position plus prudente, se limitant à évoquer les résolutions des Nations unies.
José Manuel Albares va plus loin en accusant les dirigeants du PP de tenir un double discours. D’après lui, certains responsables populaires enverraient discrètement des émissaires au Maroc pour rassurer Rabat sur leur volonté de préserver les acquis de la relation bilatérale, tout en critiquant publiquement la politique du gouvernement espagnol lorsqu’ils s’adressent à leur électorat.
Cette controverse intervient dans un contexte où le Parti populaire, sous la pression électorale de Vox, a également durci son discours sur l’immigration et adopté des positions plus fermes sur la « priorité nationale », alimentant les inquiétudes d’une partie de la classe politique espagnole quant à un possible éloignement de la ligne pragmatique suivie jusqu’à présent vis-à-vis du Maroc.
Pour de nombreux observateurs, le PP se retrouve face à une contradiction majeure. Dans l’opposition, il peut utiliser le dossier marocain et la question du Sahara pour attaquer le gouvernement socialiste. Mais s’il accède au pouvoir, il devra gérer une relation stratégique devenue indispensable pour l’Espagne, tant sur le plan sécuritaire qu’économique et migratoire.
En réalité, la marge de manœuvre d’un éventuel gouvernement dirigé par Alberto Núñez Feijóo apparaît limitée. Les liens tissés avec Rabat ces dernières années, consolidés par de multiples accords de coopération et par les préparatifs de la Coupe du monde 2030, rendent tout revirement diplomatique particulièrement complexe.
Au-delà de la polémique politique, les déclarations de José Manuel Albares illustrent l’importance stratégique prise par les relations hispano-marocaines. Elles soulignent également les difficultés du Parti populaire à définir une ligne claire entre son discours d’opposition et les impératifs de la politique d’État qu’il devrait assumer s’il revenait au pouvoir.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv



