Annulation brutale du concours architectural du complexe Al Amal : Un coup d’arrêt incompréhensible à un projet structurant pour le tennis national

C’est une décision aussi soudaine qu’injustifiable qui vient de frapper le monde du sport, de l’architecture et de la gouvernance des équipements publics. La Société Nationale de Réalisation et de Gestion des Équipements Sportifs (SONARGES) a procédé, sans explication publique convaincante, à l’annulation surprise du concours architectural relatif à la mise à niveau du Complexe sportif Al Amal à Casablanca, mettant brutalement fin à un projet pourtant annoncé, structuré et budgétisé à plus de 92 millions de dirhams.
Cette volte-face intervient quelques semaines seulement après le lancement officiel, fin décembre 2025, d’un appel d’offres ambitieux visant la réhabilitation globale et durable de l’un des sites les plus emblématiques du tennis marocain. Une annonce qui avait suscité un réel espoir chez les acteurs du sport, les architectes, les clubs et les passionnés, tant le Complexe Al Amal incarne une mémoire sportive vivante et un potentiel considérable pour l’avenir.
Le projet annulé n’avait pourtant rien d’improvisé. Il portait une vision claire : moderniser les infrastructures sportives, rénover les surfaces de jeu, améliorer l’éclairage, mettre à niveau les gradins, intégrer des équipements de score modernes et créer des espaces fonctionnels dédiés aux joueurs. Les vestiaires hommes et femmes devaient être entièrement refaits, avec une attention particulière portée à l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, conformément aux standards internationaux.
Au-delà du strict cadre sportif, le programme incluait une salle de soins, un espace de contrôle antidopage, des zones dédiées à la gestion des matchs, aux médias et aux photographes, ainsi qu’une amélioration substantielle des espaces destinés au public. La valorisation du paysage, la fluidité des circulations et l’intégration de solutions écoresponsables figuraient parmi les axes majeurs d’un projet pensé pour inscrire Al Amal dans la modernité et la durabilité.
Situé au cœur de la métropole économique, le Complexe sportif Al Amal n’est pas une infrastructure ordinaire. Avec ses 13 courts en terre battue et son court central de 5.000 places, il a longtemps été un pilier du tennis national et continental. Il a accueilli le Grand Prix Hassan II, tournoi de référence du circuit africain, et vu défiler de grandes figures du tennis mondial, contribuant au rayonnement sportif et social de Casablanca.
Pourtant, malgré cet héritage prestigieux, Al Amal a été progressivement relégué dans une zone grise de l’action publique. La tentative précédente de mise à niveau, confiée à Casa Event dans le cadre d’une délégation de la Commune de Casablanca, s’est soldée par un échec retentissant, laissant le complexe s’enfoncer dans une dégradation lente mais certaine.
L’annulation actuelle du concours architectural résonne ainsi comme un nouvel aveu d’impuissance, voire comme un symptôme alarmant d’un manque de vision, de continuité et de transparence dans la gestion des équipements sportifs stratégiques. Elle pose de lourdes questions :
Pourquoi lancer un appel d’offres d’envergure pour ensuite l’annuler sans communication claire ?
Quid du temps, des ressources et de l’expertise mobilisés par les architectes et bureaux d’études ?
Quelle crédibilité accorder désormais aux annonces institutionnelles ?
À l’heure où le Maroc ambitionne d’accueillir des événements sportifs internationaux majeurs et d’ériger le sport en levier de développement urbain et social, l’arrêt brutal du projet Al Amal envoie un signal désastreux. Il fragilise la confiance des professionnels, décrédibilise la planification publique et hypothèque l’avenir d’un site historique qui mérite mieux que l’errance décisionnelle.
Al Amal n’a pas besoin de promesses avortées. Il a besoin de décisions claires, assumées et responsables. À défaut, c’est tout un pan de la mémoire sportive nationale qui risque de se perdre dans les méandres d’une gestion sans cap.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv



