L’ALGÉRIE A DÉJÀ PERDU « LA GUERRE DE L’EAU » FACE AU MAROC !

Depuis des années, la question de l’oued Guir, dans l’extrême Est du Maroc, cristallise une tension entre Rabat et Alger. À écouter les responsables algériens, le Maroc mènerait une stratégie d’« assèchement délibéré » des villes frontalières algériennes. À y regarder de plus près, cette rhétorique dissimule surtout soixante ans d’erreurs structurelles des « Généraux » Algériens et un aveu d’échec face aux choix efficaces et vitaux du Royaume Chérifien. Mais surtout, derrière cette polémique, se cache une réalité plus profonde : l’effondrement lamentable du modèle économique algérien voulu par sa junte militaire.
1962 : le choix du mythe industriel
À son indépendance, l’Algérie disposait d’atouts considérables : terres agricoles, ressources hydriques, hydrocarbures, potentiel humain immense. Mais très vite, le pouvoir militaire issu du FLN fait un autre choix : celui d’une industrialisation lourde, centralisée, bureaucratique, financée par la rente pétrolière, tout en abandonnant une réforme agraire nécessaire. Le résultat est connu.
L’agriculture a été marginalisée. Les terres ont été mal gérées. Les infrastructures hydrauliques n’ont pas suivi. Aujourd’hui la dépendance alimentaire s’est installée irréversiblement. L’économie algérienne est une économie de rente, incapable de diversification réelle. Chaque chute des prix du pétrole révèle la fragilité du système.
Pendant ce temps, le Maroc, avec des moyens infiniment plus modestes et sans rente énergétique, s’est engagé dans une politique méthodique de barrages. Feu Hassan II parlait de « politique des grands barrages ». Elle a été poursuivie sans interruption par son fils, le Roi Mohammed VI. Aujourd’hui, plus de 150 ouvrages structurent le territoire. Le méga-barrage de « Kheng Grou », dépassant le milliard de m³ près des zones frontalières de l’Est, sur le point d’être achevé, va complètement priver l’Algérie de ressources hydriques vitales qui venaient de chez son voisin (et ennemi éternel). Le piège va se refermer.
L’eau comme révélateur d’un échec économique:
Lorsque l’Algérie accuse le Maroc de « fermer le robinet », elle transforme un problème climatique en instrument politique. La sécheresse frappe les deux pays. Les précipitations chutent. Les nappes baissent. Les barrages algériens, dont « Djorf Torba », subissent une évaporation massive et une gestion discutable. Mais plutôt que d’interroger la planification hydraulique nationale, le pouvoir algérien externalise la responsabilité.
La construction du barrage de « Kaddoussa » en 2021, puis celle de « Kheng Grou » aujourd’hui, s’inscrivent dans une stratégie assumée : sécuriser les ressources en amont dans un contexte de stress hydrique croissant. C’est ce que ferait n’importe quel État soucieux de sa souveraineté hydrique.
La polémique révèle surtout une réalité gênante : l’Algérie, malgré ses ressources financières colossales issues des hydrocarbures, n’a pas construit une politique hydraulique aussi cohérente ni anticipé l’intensification du changement climatique...comme le Maroc l’a fait avec intelligence.
Rente Algérienne contre résilience Marocaine:
Le contraste est saisissant. D’un côté, une économie algérienne qui a misé sur la sidérurgie, les complexes lourds, les projets pharaoniques dépendants de la rente énergétique et d’importations technologiques. De l’autre, un Maroc qui a investi dans l’irrigation, la modernisation agricole, le dessalement, l’interconnexion des bassins et la planification territoriale.
En Algérie, les pénuries d’eau potable dans certaines régions, les robinets ouverts une fois tous les dix jours, les importations massives de produits agricoles, ne sont pas le fruit d’un barrage marocain : elles sont le résultat d’un modèle économique figé, dominé par une logique politico-militaire où la planification sert davantage la survie du régime que le développement durable.
Une rhétorique de diversion:
La « guerre de l’eau » est un récit commode. Il permet de mobiliser l’opinion publique autour d’un ennemi extérieur. Il détourne l’attention des déficits internes : dépendance alimentaire, chômage structurel, absence de diversification, fragilité institutionnelle. Mais la géographie est têtue. Le climat aussi. L’eau ne se décrète pas. Elle se gère, s’épargne, s’anticipe.
La question n’est donc pas de savoir si une guerre de l’eau aura lieu. La vraie question est celle-ci : un régime peut-il indéfiniment masquer ses impasses économiques par la conflictualité permanente ?. Le Maroc a fait le pari de la planification hydraulique depuis six décennies. L’Algérie a fait celui de la rente et de l’industrialisation centralisée. L’histoire, elle, ne s’écrit pas à coups d’accusations, mais à coups de décisions stratégiques.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv



