Authentix, un géant de la traçabilité, se renforce sur les marchés Africains

Après avoir remporté un contrat dans la province congolaise du Katanga, le groupe texan, spécialisé dans les solutions de marquage de carburant, a récemment acquis une solution technologique canadienne. Un répit pour Authentix, par ailleurs en difficulté dans plusieurs pays africains pour des résultats parfois jugés trop modestes dans la lutte contre la contrebande d’hydrocarbures.
Authentix souhaite se renforcer en Afrique. Le groupe américain, spécialisé dans les solutions d’authentification et de traçabilité, a remporté en mars 2022 un contrat de délégation de service public en République du Congo. Nouvelle mission pour Authentix, en difficulté dans d’autres pays, qui porte sur le marquage des produits pétroliers et, dans un second temps, sur l’authentification et la traçabilité de produits de grande consommation, comme les cigarettes ou l’alcool.
Une acquisition stratégique
En parallèle de ses développements commerciaux, le groupe poursuit également ses opérations de croissance externe et se consolide via certaines acquisitions relatives à son cœur d’activité. En juillet, Authentix a ainsi procédé à un rachat d’actifs de Nanotech Security Corp, une société canadienne proposant des solutions d’authentification pour les billets émis par les banques centrales, les valeurs fiduciaires des gouvernements et les produits des titulaires de marques commerciales.
Une acquisition qui complète la gamme d’Authentix et destinée à étendre son portefeuille de technologies de clients publics comme privés dans le monde, où le marquage de carburant est moins usité. Sur le continent africain, Authentix maintient des ambitions inchangées dans le domaine de la traçabilité du carburant, les besoins y étant particulièrement présents.
Les pays africains — dont certains sont eux-mêmes producteurs de pétrole — sont, en effet, confrontés à un phénomène massif de fraude, vol, trafic et contrebande de carburants. Une problématique endémique sur le continent, qui se nourrit de la faiblesse structurelle de certains États tout en l’aggravant, chaque litre d’hydrocarbure volé ou frelaté engendrant des pertes fiscales et, donc, un trou dans les finances publiques des pays concernés. La pauvreté des populations et la porosité de certaines frontières renforcent, elles aussi, ce phénomène.
Authentix peine à convaincre au Ghana
Implanté de longue date en Afrique, Authentix est notamment présent au Ghana depuis plus de dix ans, où ses résultats ont cependant été critiqués et jugés trop mitigés. Ainsi, dans le pays, la Chambre des consommateurs de pétrole (COPEC-Ghana) estime que le système est inefficace pour freiner le commerce illicite, selon une source ghanéenne récente.
D’après le secrétaire exécutif de la COPEC-Ghana, les opérateurs illégaux détenaient à cette époque près de 22 % du marché national de carburants. Appelant les autorités ghanéennes à renforcer les systèmes de contrôle des recettes fiscales, celui-ci a notamment estimé que « le système de suivi semble ne pas fonctionner du tout et (que) le commerce illégal est toujours omniprésent » au Ghana.
De même, le système de suivi du carburant implémenté au Ghana par Authentix semble avoir échoué à empêcher certaines compagnies, ayant pourtant pignon sur rue, de sous-déclarer leurs ventes d’essence. D’après la National Petroleum Authority (NPA) ghanéenne, la somme des carburants non déclarés par les sociétés en question aurait, pour les deux seuls mois de janvier et février 2018, dépassé les 19 millions de litres, soit une valeur de 87 millions de GHC.
La contrebande de carburant ruine (aussi) les finances camerounaises
Le Ghana n’est pas le seul pays africain où le groupe est parfois en difficulté à juguler pleinement le trafic de carburant. Au Cameroun, un autre pays d’Afrique de l’Ouest, la contrebande de carburant coûterait ainsi 60 milliards de francs CFA par an. Dans ce pays comme chez ses voisins, les points de vente de carburant frelaté — ou « zoua-zoua », comme l’appellent les habitants — fleurissent aux quatre coins du territoire, sans que les autorités ne parviennent, pour l’heure, à détourner leurs clients vers les stations-service officielles. En Amérique du Sud, où le groupe est aussi présent, des cas de vols de carburant ont aussi été signalés en Guyana, où Authentix est aussi actif.
Les pertes fiscales liées à la contrebande de pétrole s’élèvent à plusieurs milliards de dollars par an sur le continent africain et grèvent fortement les capacités budgétaires des États. Une réalité qui, selon la plupart des experts reste, profondément multiforme.
« La porosité (des) frontières terrestres avec de vastes espaces où l’administration est absente », selon ENACT Observer, un think africain, dans une étude sur la contrebande de pétrole entre Nigéria et Cameroun, qui évoque aussi la malgouvernance chronique ou encore la corruption de certains membres des forces de sécurité.
La traçabilité des hydrocarbures est aussi, dans bien des cas, défaillante, comme le nombre de personnels formés à ces problématiques ou encore les investissements des États pour sécuriser ces marchés. Pourtant, l’urgence est là. En 2018, la valeur du marché était ainsi estimée à 133 milliards de dollars, selon un rapport de l’université de Yale.

La rédaction /Le7tv (communiqué)



