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Des avancées inégales sur le chemin de l’égalité: Le cas des femmes migrantes, demandeuses d’asile et réfugiées au Maroc, entre droits proclamés et droits vécus

Le cas des femmes migrantes, demandeuses d'asile et réfugiées au Maroc, entre droits proclamés et droits vécus.

Dans le sac usé que Nalia serre contre elle se niche tout son univers : un passeport aux pages froissées, des documents administratifs pliés et repliés, une échographie soigneusement conservée. Ces reliques racontent une odyssée de frontières franchies, de contrôles subis, d’attentes interminables. Mais son périple n’est que la première épreuve. La seconde, plus sournoise, moins visible, se joue au quotidien : celle des inégalités systémiques qui s’accumulent et se nichent dans les interstices de l’administration, du système de santé et du marché du travail.

Un matin, dans une clinique de quartier, on lui refuse un suivi prénatal, en raison de l’irrégularité de sa situation administrative. Plus tard, au commissariat, sa plainte pour agression s’égare dans les méandres d’une procédure indifférente. L’emploi qu’elle finit par décrocher la confine dans l’informel, payée au quart du salaire légal. Pour Nalia, ces obstacles ne sont pas des concepts ; ils conditionnent son accès aux soins, à la justice, à la dignité. Son histoire, est une synthèse de milliers d’autres, révélatrice d’un fossé abyssal entre le droit proclamé et le droit vécu.

Les données disponibles confirment ce récit. Selon l’enquête sur la migration forcée du HCP, 48 % des migrants au Maroc exercent une activité professionnelle. Parmi ces migrants actifs, les femmes sont nettement moins nombreuses que les hommes. De plus, l’enquête indique que le taux de féminisation de la migration est d’environ 40,7 %, ce qui montre une présence significative des femmes dans les flux migratoires. Une fiche d’ONU Femmes précise que les femmes migrantes et enfants en mouvement se trouvent dans une situation de « double vulnérabilité » face aux violences ; en tant que migrantes et en tant que femmes sans pour autant que les dispositifs formels de protection ne soient accessibles à toutes. Enfin, la SNIA, adoptée en 2014, a inscrit l’inclusion et la protection parmi ses priorités, mais son application reste confrontée à des obstacles bien réels.

Face à cette accumulation de chiffres et de témoignages, un constat s’impose : il fallait un outil capable de traduire ces écarts en une image claire. C’est ainsi qu’a été conçu un radar de l’égalité genre-migration. Il met en regard la situation du Maroc avec celle de plusieurs autres pays autour de quatre dimensions essentielles : la santé reproductive, la protection contre les violences, la sécurité juridique et l’inclusion socio-économique.

Cet outil, loin d’être un simple graphique, permet de visualiser en un coup d’œil les avancées, les reculs et les angles morts. Il ne prétend pas tout dire, mais il a le mérite de rendre lisible ce qui reste souvent enfoui dans des rapports techniques.

Concrètement, chaque indicateur a été ramené à une échelle de 0 à 10 pour faciliter la comparaison : 0 traduit une absence totale d’accès, 10 un accès complet. Ainsi, si 56 % des femmes migrantes accèdent à un service donné, cela correspond à un score de 5,6 sur 10. 

La lecture du radar est éloquente. Chaque pays laisse une empreinte distincte, révélant ses forces et ses failles. 

La Suède se distingue par une courbe presque symétrique, traduisant un équilibre rare entre santé, protection, sécurité juridique et inclusion économique.

L’Espagne montre une avancée solide en matière de droits, même si l’accès au marché du travail reste limité par divers freins.

La France surprend malgré un cadre légal étoffé, l’accès effectif aux procédures y demeure souvent labyrinthique, révélant l’écart entre théorie et pratique.

Le Sénégal et la Tunisie présentent des profils fragmentés, avec des acquis réels mais fragiles, comme la participation politique des femmes au Sénégal ou la santé reproductive en Tunisie, mais des failles béantes en matière de protection contre les violences.

Et le Maroc ?  
Son empreinte est contrastée. Il affiche un score honorable en santé reproductive, grâce à des efforts réels en matière d’accès aux soins. Mais la courbe se rétrécit sur le pilier de la protection : la prévalence des violences reste élevée tandis que le recours effectif aux services demeure limité. L’image est parlante : une stratégie existe, mais son application rencontre encore de sérieux obstacles.

Mesurer pour gouverner 
De ce constat découle une recommandation claire : la mise en place d’un observatoire indépendant chargé de produire et de publier chaque année ces indicateurs. Non pas pour alimenter un classement de plus, mais pour donner une boussole commune aux décideurs, à la société civile, aux médias et aux chercheurs.  Mesurer, comparer, rendre visibles les écarts : autant d’étapes nécessaires pour orienter l’action et, surtout, rendre des comptes.

L’histoire de Nalia, bien que fictive, illustre ce que vivent des milliers de femmes. Elle nous rappelle que l’égalité ne se décrète pas : elle se construit, pas à pas, par des politiques concrètes, suivies, évaluées. Le radar n’est pas un gadget visuel ; il est l’outil de cette exigence de vérité. Pour qu’un jour, ces frontières invisibles cessent de limiter la vie de femmes comme Nalia.

(Ce contenu a été produit dans le cadre du Programme Ajyal égalité en partenariat avec Expertise France)

La rédaction/Le7tv (un texte de HAMZA BAYE)

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