Terrorisme d’État : Le régime militaire algérien accusé par la justice française

Un cap vient d’être franchi dans les relations déjà fragiles entre Paris et Alger. Pour la première fois, la justice française place explicitement l’Algérie dans le champ des enquêtes liées au “terrorisme d’État”, une qualification lourde qui jette une lumière crue sur les méthodes attribuées au régime militaire algérien.
L’annonce, faite par le procureur du Parquet national antiterroriste Olivier Christen sur franceinfo, n’a rien d’anodin. Huit procédures sont actuellement en cours, dont plusieurs impliqueraient des États étrangers. Si certains dossiers concernent l’Iran ou la Russie, l’inclusion de l’Algérie dans cette liste marque une rupture majeure. Elle suggère que les pratiques du pouvoir algérien ne relèveraient plus seulement de tensions diplomatiques, mais pourraient désormais être qualifiées pénalement.
Derrière cette évolution, un constat inquiétant : celui d’un système accusé de traquer ses opposants bien au-delà de ses frontières. Selon les éléments évoqués par la justice française, il ne s’agirait pas d’actions indiscriminées, mais d’opérations ciblées visant des figures dissidentes, souvent réfugiées en France. Une stratégie qui s’apparente à une extension de la répression politique hors du territoire national.
L’affaire la plus emblématique reste celle de l’opposant en exil Amir DZ, au cœur d’une tentative d’enlèvement présumée. L’implication d’un agent consulaire algérien, mis en examen, a révélé des pratiques troubles mêlant réseaux informels, pressions et instrumentalisation des statuts diplomatiques. Un dossier explosif qui illustre, selon plusieurs observateurs, la dérive d’un appareil sécuritaire prêt à franchir les lignes rouges du droit international.
Ces révélations renforcent l’image d’un pouvoir opaque, dominé par une logique sécuritaire et peu enclin à tolérer la dissidence. En s’attaquant à ses opposants à l’étranger, le régime militaire algérien donne l’impression de vouloir étouffer toute voix critique, même hors de ses frontières, au mépris des règles fondamentales qui régissent les relations entre États.
La qualification de “terrorisme d’État” n’est pas seulement juridique, elle est aussi hautement symbolique. Elle place l’Algérie dans une catégorie jusqu’ici réservée à des régimes régulièrement pointés du doigt pour leurs opérations clandestines à l’international. Une situation qui risque d’aggraver encore davantage les tensions avec la France, déjà minées par des différends politiques, historiques et diplomatiques.
Officiellement, Paris se retranche derrière l’indépendance de sa justice. Mais dans les faits, ces enquêtes traduisent une volonté claire : celle de ne plus fermer les yeux sur des pratiques longtemps tolérées ou ignorées. De son côté, Algérie adopte une posture de déni, dénonçant des accusations infondées dès qu’un de ses représentants est mis en cause.
Au-delà des discours, une réalité s’impose : la diaspora est devenue un nouveau terrain d’affrontement. Et dans ce contexte, la judiciarisation de ces affaires pourrait marquer un tournant durable. Car en qualifiant ces actes de “terrorisme d’État”, la France envoie un message sans ambiguïté : certaines pratiques ne relèvent plus de la diplomatie, mais bien de la justice pénale.
Une évolution qui place le régime algérien face à ses responsabilités… et sous une pression internationale de plus en plus difficile à contenir.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv



