L’Algérie « accepte » de gracier l’écrivain Boualem Sansal sous la pression du Président Allemand

L’Algérie a « accepté » de gracier l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné depuis près d’un an. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune « a répondu favorablement » à une demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, « concernant l’octroi d’une grâce en faveur de Boualem Sansal ».
Boualem Sansal avait été emprisonné à sa descente de l’avion à Alger alors qu’il s’apprêtait à retourner chez lui. L’écrivain franco-algérien se rendait régulièrement en Algérie. Le 16 novembre 2024, il est en Algérie et il est arrêté parce que quelques mois, quelques jours plus tôt, au mois d’octobre, en s’en prenant notamment à l’identité algérienne et en remettant en cause les frontières de tout l’ouest de l’Algérie dans un magazine identitaire français qui est réputé d’extrême droite et qui s’appelle Frontières, Boualem Sansal est devenu l’ennemi des militaires et de ceux qui gouvernent le pays et cela au pire moment pour lui parce que, parallèlement, un différent oppose la France et l’Algérie, avec au cœur du problème l’épineux sujet du Sahara occidental, Emmanuel Macron ayant choisi quelques mois plus tôt, lui, en juillet 2024, de se ranger du côté des Marocains sur le sujet et pas du côté des Algériens.
Boualem Sansal était soutenu et soutenu en France par la droite et l’extrême droite française, un soutien bien encombrant finalement pour lui, car il a poussé le pouvoir algérien à se montrer inflexible.
Une partie de l’imbroglio entre la France et l’Algérie:
Il y a une multitude d’affaires qui impliquent les deux pays, premier couac au printemps 2024, c’est avant l’arrestation de Boualem Sansal, les Algériens arrêtent toutefois un autre Français qui s’appelle Christophe Gleizes, en Algérie, c’est un journaliste, il est arrêté à Tizi-Ouzou en mai 2024, puis placé sous contrôle judiciaire. La justice lui reproche d’avoir été en contact avec un membre du mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classée organisation terroriste par les autorités algériennes.
Au mois de juillet, le président Emmanuel Macron apporte au Maroc, son soutien pour le Sahara occidental, puis arrestation en novembre 2024 de Boualem Sansal.
Décembre 2024, des tensions à nouveau entre les deux pays autour d’un documentaire diffusé par la chaîne Algérie 24 qui accuse la DGSE française de vouloir déstabiliser l’Algérie.
En février 2025, il y a une attaque terroriste à Mulhouse commise par un Algérien dont Paris avait demandé le renvoi à son succès. Débute alors un bras de fer autour des fameux OQTF, les obligations de quitter le territoire français, le dossier sera notamment suivi par l’ancien ministre de l’Intérieur français Bruno Retailleau. En février encore, le Sénat algérien suspend ses relations avec le Sénat français.
En avril 2025, arrestation en France de plusieurs Algériens, dont un membre du consulat. Au cœur de cette arrestation, une sombre histoire d’enlèvement d’un blogueur algérien en France un an plus tôt, la tension entraînera l’expulsion de 12 fonctionnaires français d’Algérie. Avril 2025 toujours, la France rappelle son ambassadeur en poste à Alger. Les menaces et les sanctions s’enchaînent également, suspension d’un accord de 2013, exemptant de visas de courte durée les détenteurs de passeports diplomatiques, mais aussi menaces sur l’accord qu’on appelle dit de 1968 qui régit les relations et mouvements de population entre les deux pays.
Une grâce « à la demande » du Président Allemand:
Boualem Sansal est connu en Allemagne, il a obtenu en 2011 le prix de la paix de la foire du livre de Francfort, c’est un peu comme le Goncourt en France si vous voulez, donc c’est un écrivain qui est connu en Allemagne. Les Allemands avaient salué à l’époque sa critique du régime d’Alger et sa lutte pour la liberté de parole, de culture et de religion en Algérie.
Ensuite, le président allemand a proposé aussi que Boualem Sansal soit transféré en Allemagne pour bénéficier des soins médicaux, compte tenu de son âge avancé et de son état de santé, ce que l’on peut traduire par le fait qu’officiellement, il ne s’agit pas d’une affaire politique, mais d’une affaire humanitaire, ce qui fait que personne ne perd la face dans cette affaire.
L’option allemande avait déjà circulé. En juillet 2025, lorsque l’on a cru à une grâce du président Tebboune à l’occasion du jour de l’indépendance du pays, on peut ajouter aussi que le président Tebboune est allé à deux reprises se faire soigner du Covid-19 en Allemagne, c’était en 2020 et 2021, et qu’il a apprécié la discrétion allemande au moment où il était soigné là-bas, et puis d’une manière générale, les Algériens ont toujours entretenu une relation cordiale avec l’Allemagne, le pays est perçu comme une alternative possible face à la relation française et algérienne qui est toujours un petit peu plus compliquée.
La rédaction/Le7tv



