Migration irrégulière : Madrid consolide son partenariat stratégique avec Rabat

Face à la persistance et à l’intensification des flux migratoires irréguliers en provenance d’Afrique, l’Espagne a décidé de renforcer significativement son dispositif de gestion de la migration et de l’asile. Au cœur de cette stratégie figure une coopération accrue avec les pays d’origine et de transit, au premier rang desquels le Maroc, partenaire clé de Madrid sur ce dossier sensible.
Dans une réponse écrite adressée au Sénat, le gouvernement espagnol a détaillé les mesures mises en œuvre pour faire face à la pression migratoire et à l’augmentation des demandes de protection internationale. Celles-ci reposent notamment sur le renforcement des relations bilatérales, le déploiement de personnels de sécurité, la mise en place de centres de coordination conjoints et l’apport d’un soutien technique et matériel aux pays partenaires.
Selon les autorités espagnoles, ces efforts ont permis de déjouer plus de 15 000 tentatives de traversée irrégulière depuis l’Afrique au cours des premiers mois de l’année dernière, illustrant l’efficacité du dispositif adopté.
Madrid a par ailleurs rappelé son engagement actif dans les partenariats stratégiques promus par l’Union européenne ainsi que dans les initiatives régionales, telles que la Déclaration de Rabat et le Pacte pour la Méditerranée. Toutefois, le gouvernement a souligné les limites de l’action de l’agence européenne Frontex, dont les capacités d’intervention préventive restent contraintes par l’absence d’accords opérationnels avec plusieurs pays d’origine et de transit, condition indispensable à un déploiement exécutif sur leur territoire.
L’exécutif espagnol a également insisté sur le caractère structurel de la pression migratoire en provenance d’Afrique, liée principalement à des facteurs socio-économiques, mais aussi à l’instabilité sécuritaire internationale. Dans ce contexte, le Maroc se trouve dans une situation particulière, étant à la fois pays d’origine, de transit et d’accueil de migrants, notamment en provenance d’Afrique subsaharienne, ce qui l’expose lui aussi à une forte pression migratoire.
Cette réalité conforte, selon Madrid, le rôle central du Royaume du Maroc en tant que partenaire stratégique dans la lutte contre la migration irrégulière. La coopération bilatérale, pilotée par les ministères de l’Intérieur des deux pays, s’articule autour de plusieurs axes : échange permanent d’informations opérationnelles, patrouilles conjointes des forces de sécurité, et fonctionnement des centres de coordination policière communs d’Algésiras et de Tanger.
Grâce à cette collaboration étroite, le nombre de tentatives de départs irréguliers depuis le territoire marocain vers l’Espagne a enregistré une baisse de 60,7 %, un chiffre que le gouvernement espagnol présente comme un indicateur fort de l’efficacité des efforts préventifs déployés par Rabat.
Concernant Sebta et Melilla, Madrid a rappelé les investissements importants réalisés depuis 2018 pour renforcer la surveillance et la protection des frontières extérieures. Ces mesures incluent la modernisation des clôtures aux points les plus vulnérables, l’amélioration des systèmes de détection et l’installation du système automatisé d’entrée et de sortie (EES) aux postes-frontières de Beni Nsar et Tarajal.
Enfin, le gouvernement espagnol a assuré que l’ensemble de ces dispositifs s’inscrivent dans le strict respect des droits fondamentaux, garantis par la Constitution espagnole. Le contrôle du respect des droits humains est confié au Bureau national de garantie des droits de l’homme, chargé de la supervision, de la formation des unités concernées et de l’émission de recommandations opérationnelles.
La rédaction/Le7tv



