Un nouveau regard sur les fragilités des Etats.

Il s’appelle Amine NOKTA, et représente ce qu’on peut se permettre d’appeler  « Moroccan made product« , grâce à un parcours académique dans des établissements marocains, notamment, l’université Hassan II, oú il a eu sa licence en droit français, son master en sociologie politique puis son doctorat en sciences politiques portant sujet « la fragilité des Etats ». 

Mais ce n’est pas tout!

Amine se prépare à nous livrer une version livre de sa thèse. Un ouvrage qui arrive à point nommé, à une phase ou le Maroc a besoin des volontés de ses jeunes pour avancer.

Le jeune chercheur déclare avoir choisi ce sujet qui fait l’actualité nationale et internationale et qui concerne, en particulier le Royaume avec la volonté d’étudier en profondeur cette thématique est d’apporter des solutions durables et constructives.

En avant goût à ce travail de recherche, Amine a bien voulu répondre à quelques questions en attendant la conférence du lancement du livre et nous avons eu beaucoup de plaisir à découvrir autant son travail que sa passion.

1/ Quelle est votre définition de la fragilité d’un Etat?

Pour être le plus claire possible et sans rentrer dans les détails, l’État fragile fût principalement défini comme une organisation politique incapable de remplir ses fonctions essentielles que ce soit régalienne (sécurité, justice, ordre public) ou providentielle (éducation, santé, logement, régulation économique, redistribution des richesses…) et ainsi répondre aux besoins élémentaires des citoyens. En effet, le niveau de fragilité d’un État dépend du degré d’accomplissement de ses fonctions.

2/ Comment avez-vous abordé votre recherche?

Dans notre travail, nous avons essayé de mettre en évidence les indicateurs de fragilité pour déterminer le niveau de fragilité que connaît chaque État et les facteurs susceptibles de le conduire à la précarité.

Par rapport aux indicateurs, l’objectif est de déterminer un certain nombre d’indices agréant d’évaluer un État fragile et connaître le degré de fragilité. Autrement dit, une maladie ne peut être diagnostiquée et le degré de contamination ne peut être évalué si on ne détermine pas les symptômes, au préalable.

À cet égard, nous avons souligné les indices politiques et institutionnels : qui prennent en compte le système politique mis en place, la situation de l’État de droit, la neutralité institutionnelle et politique vis-à-vis des différentes minorités religieuses ou autres, la participation des citoyens dans les décisions politiques, le système méritocratique mis en place, et bien évidemment la situation de l’institution judiciaire et son indépendance.

3/ Quels sont les indices et les facteurs de fragilité d’un Etat?

Les indices économiques : prennent en compte la sécurité énergétique et alimentaire, la situation des inégalités, le niveau de croissance. Ainsi que la diversification dans les activités économiques, le PIB dépend-il de quelques secteurs économiques bien précis, le système juridique et financier en place favorise-t-il ou pas l’innovation ainsi que l’entreprenariat, sans oublier la capacité de l’économie à créer de nouvels emplois.

Les indices de gouvernance : qu’en est-il du modèle de développement économique du pays. Le modèle, est-il creux ou existe-t-il des cheminements et des stratégies concrètes pour atteindre des objectifs bien déterminés, existe-t-il un système de gestion des priorités ou on est juste face à une improvisation économique et politique sur laquelle se basent les décisions des élites gouvernantes,

Les indices de cohésion : cet indicateur se base sur le niveau de cohésion sociale et politique au sein d’un État, la classe politique est-elle suffisamment représentative ou encore existe-t-il des mouvements séparatistes au sein d’un État. Existe-t-il des activités paramilitaires à l’intérieur du territoire, et qu’en est-il du niveau de sécurité.

Les indices sociologiques : cet indicateur prend en compte la situation démographique du pays, si le taux d’investissement de la part du secteur privé et le secteur publique peut couvrir, les besoins élémentaires d’une société à démographie croissante, ou dans le cas échéant, ils se trouvent dépassés par cette même croissance.

En somme, tous ces indicateurs nous permettent d’évaluer le niveau de fragilité ou de la situation fragile que subit un État. Dans notre étude, nous avons établi à travers celà les différentes formes de fragilité d’un État ainsi qu’une classification des États des plus fragiles au moins fragiles.

D’autre part, nous avons mis en évidence les facteurs de fragilité, autrement dit les acteurs qui engendrent des situations fragiles. Dans ce sens nous avons étudié certains secteurs d’activités économiques qui déterminent grandement une situation fragile notamment la géopolitique de l’énergie et l’agriculture, ainsi que le sujet de l’abondance des ressources naturelles « malédiction des matières premières ». Aussi est-il d’autres facteurs plus conventionnels tels que le facteur institutionnel, politique, économique, le facteur de gouvernance ainsi que les différentes formes d’interventions extérieures de l’État comme facteur de fragilisation. Ces facteurs ont été mises en évidence tout en explicitant des études de cas.

4/ Vous avez parlé également de la problématique institutionnelle marocaine, comment la dépasser?

Le Maroc dispose des institutions stables résilientes dans leurs fonctionnement et plus ou moins indépendantes, ceci en raison de la culture institutionnelle qui s’est encastrée par et à travers le temps et au bien fait de la stabilité que le régime monarchique a su asseoir, d’un point de vue vertical, toutefois dans une perception horizontale, les agents composants les institutions marocaines ne sont pas homogènes, plusieurs agents fragilisateurs composent pour une grande partie les différentes institutions qui non seulement amortissent les efforts fournis par le pouvoir ainsi que les interventions menées. mais également compliquent l’existence même des citoyens. Or L’efficacité des décisions politiques ainsi que les mouvements socio-éconimique dépend grandemement de l’éfficacité et de la flexibilité des différentes institutions, administratives et politiques.

Nous avons établi plusieurs solutions, qui gravitent autour de la société civile. En effet ce n’est qu’à travers la société civile et sa capacité de contrôle ainsi que l’ampleur de la démocratie participative et delibérative qu’on peut établir des institutions plus efficaces et renforcées par la même occasion l’Etat de droit.

5/ Islamisme et radicalisme, qu’en pensez-vous dans le contexte des fragilités?

Le radicalisme n’est pas un véritable problème pour le Maroc, il est certain que ce mouvement aujourd’hui s’affaisse, cependant le véritable problème demeure dans l’islamisme politque. En effet dans une société telle que la nôtre qui est considérée par certaines institutions comme faisant partie des tops cinq pays qui adhèrent le plus à la religion, c’est ainsi que l’institut international de recherche WIN/Gallup vient de réaliser et publier en 2015 que le maroc est considéré comme le cinquième pays le plus religieux au monde avec 93% des citoyens adhérants à une religion. Or dans le contexte marocain et avec le poid de la religion dans la société, on remarque qu’une grande partie des électeurs vote non pas en raison d’un programme établi, ou en raison des compétences des élus, mais surtout en raison de l’idéologie reflétée. Le réferentiel islamique reste vendeur dans une société comme le Maroc.

Si la démocratie est en définitif un système où la société civile vote des élus et est en mesure de les sanctioner, en fin de mandat, dans le cas où s’ils s’avèrent incompétents, en désignant de nouveaux représentant qui doivent faire leurs preuves. Or l’islam politique au Maroc risque de créer un cercle vicieux où on voit la reproduction d’une classe politique avec une démocratie où la société civile élise des élus et qui sont réelus en fin de mandat qu’ils soient incompétent ou pas et c’est en résumé la problématique de l’islam politque au Maroc.

Par Najiba Jalal

 

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