« Casa se meurt, Circulez…il n’y a rien à voir »

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Casablanca ma ville, je ne te reconnais plus ? Que t’a-t-on fait? Pourquoi j’ai ce sentiment d’être une étrangère dans cette ville qui m’a vu grandir ?

Où est passée la ville blanche que le film Casablanca citait fièrement ?

Chaque matin en sortant de chez moi, je prends un grand souffle, je pousse un soupir, comme avant une plongée en apnée.

Tout cela à cause de la circulation devenue infernale.

Conduire à Casa, c’est comme s’engager dans un combat, où des milliers de guerriers vont se crier dessus, en se battant pour être les premiers à passer au feu vert, les premiers à prendre le rond point, les premiers à stationner ( souvent en 2ème position)…parce que le bidawi ne veut pas attendre !

La seule loi est la loi du plus fort, celui qui va crier le plus fort, qui va sortir la plus grosse insulte pour intimider l’autre, celui qui va avancer au feu rouge ou faire une marche arrière ou encore mieux un demi-tour sur place…et là on assiste à une créativité sans limite des bidawa.

La faute à qui ? La faute à quoi ?

J’ai posé la question à un architecte urbaniste, et sa réponse a été sans appel ! Nous assistons à une ruralisation de notre ville.

Casablanca s’est développée hors de tout contrôle et continue à grandir et à grossir de manière anarchique.

Des bidonvilles au milieu de la ville, des rues bloqués par les marchands ambulants ( moul tabla ), des trottoirs occupés par des cafés, un espace public non respecté, des jardins publics non sécurisés et non entretenus, des trous jamais fermés sur des grandes artères…et la liste est longue.

Certes Casablanca essaye de faire face à la misère étalée par les mendiants à tous les feux rouges et la saleté de nos rues que les poubelles jonchées partout, rendent le spectacle encore plus désolant.

Casablanca essaye de faire preuve d’un semblant de modernisme, avec 2 malls, un tramway, des voies rapides sur les grandes artères, un pont pour désengorger le carrefour route El Jadida-Sidi Maarouf-sortie de Casa.

La ville tout entière est un véritable chantier : des quartiers résidentiels qui se transforment en zone immeuble ( Oasis,Palmiers…)des espaces verts qui disparaissent pour devenir des espaces gris, couleur du béton.

Mais cela ne suffit pas.

8h du matin, on avance pas à pas, sur une route à 2 voies bloquée par un camion renversé. Des supra-intelligents créent une 3ème voie, et ce n’est pas grave si le code de la route l’interdit fermement !

Des klaxons interminables, des vrombissements de motos (très à la mode).

Une voiture qui bloque la route, parce que sa conductrice fait son selfie du matin pour épater ses copines avec ses nouvelles lunettes de soleil.

Que faire pour passer le temps,pour s’isoler de tout ce bruit ?Pour ne pas perdre la tête ?

Ecoutez Momo sur Hit Radio et ses auditeurs qui appellent, parce que passer à la radio, c’est exister un peu dans cette folie anonyme ? Changez de radio toutes les 3 minutes ?

Rien ne marche : La circulation, la seule excuse pardonnable quelque soit votre retard.Une fois le mot prononcé, toute autre explication devient inutile.

On pousse un soupir de compréhension et on compatit avec vous.

Une folie s’est installée dans cette ville, une perte collective de toute raison,qui fait le bonheur des promoteurs qui en profitent pour faire des affaires en construisant des projets en dehors de Casa : Bouskoura/Dar Bouazza/Had Soualem…on s’étale de plus en plus, mais on ne règle pas le problème.

Et pourtant, on a toujours dit que Casablanca avait un énorme potentiel et voyez le résultat aujourd’hui !

Bonne route !

Rédactrice Habiba Dassouli

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