En Algérie, la crise des produits de première nécessité n’est plus un simple dysfonctionnement économique : elle est devenue le symbole éclatant d’un système à bout de souffle. Derrière les étagères vides d’huile de cuisson ou les interminables files pour obtenir du lait, du sucre, de la semoule, parfois même du gasoil, des bonbonnes de gaz ou simplement de l’eau courante dans les robinets, se dessine la réalité d’un pays riche en ressources mais appauvri par des décennies de gestion opaque et centralisée. Les témoignages de citoyens contraints de supplier les commerçants pour obtenir quelques litres d’huile révèlent une situation indigne d’un État doté de l’une des plus importantes réserves énergétiques du continent.
Une économie de pénurie:
La dépendance exclusive aux hydrocarbures, combinée à l’absence de diversification économique réelle, a fragilisé tout l’édifice. Les experts dénoncent depuis des années un modèle rentier incapable de produire suffisamment pour nourrir sa population, contraignant le pays à importer massivement des denrées essentielles.
Résultat : un bidon d’huile ou un litre de lait deviennent des produits quasi clandestins. Les consommateurs décrivent des circuits parallèles, des stocks cachés et des pratiques dignes d’un marché noir. Cette réalité, confirmée par des rapports officiels évoquant des milliers d’infractions commerciales, illustre l’ampleur du désordre.
Avec une population majoritairement jeune et un chômage persistant, le malaise social s’intensifie. Les allocations ponctuelles annoncées pour calmer la grogne ne suffisent pas à masquer l’absence de perspectives. Les sociologues alertent sur le risque d’une fracture durable entre gouvernants et gouvernés si les conditions de vie continuent de se dégrader.
Ces pénuries à répétition ne sont pas seulement le reflet d’une de consommation mal maîtrisée ; elle sont le révélateur d’un malaise systémique. Tant que les réformes structurelles resteront limitées et que la gouvernance ne gagnera pas en transparence, ces scènes de files d’attente et de produits introuvables risquent de demeurer le quotidien d’une population lassée des promesses sans lendemain.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv