Une nouvelle étape vient d’être franchie dans le renforcement du partenariat stratégique entre le Maroc et la France. À l’issue de la 15ᵉ Réunion de haut niveau maroco-française, le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a annoncé, jeudi à Rabat, le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt en vue de concrétiser le projet d’interconnexion électrique reliant directement les deux rives de la Méditerranée.
Présenté comme l’un des projets structurants de la coopération économique entre Rabat et Paris, ce futur corridor énergétique ambitionne d’intégrer davantage les deux pays dans une même chaîne de valeur industrielle et énergétique, tout en accompagnant les objectifs européens de transition écologique.
Lors de sa conférence de presse, le chef du gouvernement français a également mis en avant la montée en puissance des investissements français au Maroc. Il a salué le rôle des grands groupes comme celui des PME françaises qui développent des partenariats dans des secteurs stratégiques tels que les infrastructures, les transports, les énergies renouvelables ou encore les technologies innovantes.
Une liaison directe pour acheminer l’électricité verte marocaine
Baptisé « Pont de la Méditerranée », le projet prévoit la création d’une liaison électrique sous-marine permettant d’acheminer directement vers la France l’électricité produite à partir des énergies renouvelables au Maroc, principalement grâce aux filières solaire et éolienne. Cette infrastructure permettra ensuite d’alimenter les réseaux français et européens en énergie décarbonée.
Pour Rabat comme pour Paris, cette interconnexion représente un levier majeur de souveraineté énergétique. Elle contribuera à diversifier les sources d’approvisionnement de l’Europe tout en valorisant le potentiel exceptionnel du Maroc en matière d’énergies renouvelables. Malgré les défis liés au financement, aux études techniques et à la réalisation d’une liaison sous-marine de grande capacité, les deux gouvernements considèrent ce projet comme une priorité stratégique.
Un atout pour la sécurité énergétique européenne
Au-delà de son intérêt économique, cette future connexion électrique répond aux nouvelles exigences de sécurité énergétique imposées par les crises internationales et l’accélération de la transition climatique.
Pour la France, elle offrira un accès direct à une production d’électricité verte compétitive sans dépendre exclusivement des interconnexions terrestres européennes. Pour le Maroc, elle renforcera sa position de hub énergétique régional, capable d’exporter son électricité renouvelable vers le marché européen et d’attirer de nouveaux investissements industriels à forte valeur ajoutée.
Marseille appelée à devenir la porte d’entrée de l’énergie verte africaine
Dans une analyse consacrée à ce projet, la société française Selectra estime que Marseille est appelée à jouer un rôle central dans cette nouvelle architecture énergétique.
Selon cette étude, la métropole méditerranéenne pourrait devenir le principal point d’entrée de l’électricité verte produite en Afrique vers l’Europe occidentale, consolidant ainsi son statut de plateforme logistique et énergétique de premier plan.
Les experts soulignent également que le choix d’une liaison sous-marine directe entre le Maroc et la France constitue une rupture avec le modèle traditionnel des échanges électriques européens, historiquement concentrés sur la péninsule Ibérique. Cette nouvelle configuration permettrait de contourner les contraintes géographiques des Pyrénées ainsi que certaines dépendances liées aux infrastructures de transit.
Une nouvelle dimension pour le partenariat énergétique maroco-français
Toujours selon Selectra, cette interconnexion favoriserait l’intégration du Maroc au réseau électrique européen tout en faisant de Marseille un véritable carrefour énergétique capable d’accueillir plusieurs gigawatts d’électricité renouvelable en provenance du Royaume.
L’analyse estime également que cette orientation traduit la volonté de la France de sécuriser plus directement ses futurs approvisionnements énergétiques, indépendamment des capacités de transit offertes par d’autres réseaux européens.
Le cabinet considère enfin que le Maroc s’impose désormais comme un acteur incontournable de la décarbonation européenne grâce aux investissements massifs réalisés ces dernières années dans les secteurs solaire et éolien, qui lui permettent de produire une électricité renouvelable particulièrement compétitive.
L’étude conclut que les futurs grands axes énergétiques européens seront déterminés autant par les impératifs de souveraineté géopolitique que par les considérations géographiques traditionnelles.
Des discussions techniques déjà engagées
Le projet fait déjà l’objet d’un suivi étroit entre les deux gouvernements. En avril dernier, la ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, Leïla Benali, avait réuni plusieurs responsables français, parmi lesquels Gérard Mestrallet, envoyé spécial du président Emmanuel Macron, ainsi que Xavier Piechaczyk, président du directoire de Réseau de Transport d’Électricité (RTE).
Cette réunion avait permis d’évaluer l’état d’avancement des études techniques, économiques et financières de l’interconnexion et de réaffirmer la volonté commune d’accélérer la réalisation de cette infrastructure.
Les deux parties avaient alors insisté sur la nécessité d’une coordination permanente entre les institutions concernées afin de faciliter les échanges d’informations techniques, de renforcer la coopération bilatérale et de créer les conditions nécessaires à la concrétisation rapide de ce projet stratégique, appelé à redessiner les relations énergétiques entre le Maroc, la France et l’ensemble du continent européen.
La rédaction/Le7tv