Le Maroc vu de l’étranger : « Covid-19, l’Optimisation Marocaine ! »

Monsieur Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l’Institut Thomas-More, a écrit aujourd’hui une tribune libre sur le journal « Le Point – Afrique » intitulée « Covid-19, l’optimisation marocaine ». Voici les principaux traits :

Alors que l’Afrique a été jusqu’ici relativement épargnée par la pandémie, les inquiétudes grandissent désormais sur la capacité des États africains à faire face à une double crise sanitaire et économique sans précédent sur le continent. Certains États n’ont tout simplement pas les moyens de mettre en place un confinement généralisé sans mettre en danger la vie économique du pays…

Toutefois, il ne faut pas sous-estimer la réactivité et la capacité d’innovation dont font preuve certains acteurs du continent. C’est le cas par exemple du Maroc. Certes, le pays est bien plus développé que les États subsahariens, mais les clés de son succès ne sont pas qu’affaire de moyens. Rabat s’est montré réactif et a fait preuve d’une approche volontariste et innovante…

Comme la plupart des pays africains, le Maroc a pris des mesures sanitaires rapides pour diminuer la propagation du virus : détection des cas par caméra thermique dans les aéroports, fermeture des frontières et confinement total dès le 20 mars… Des structures de gestion de crise ad hoc, sur le plan épidémiologique et économique, ont été mises en place afin d’assurer un suivi pertinent de la situation…

Le gouvernement a en effet décidé d’intégrer la chloroquine dans les protocoles de soins hospitaliers, en réquisitionnant la production locale de l’usine Sanofi. Dans la même veine, le pays a annoncé le port obligatoire du masque le 7 avril dernier…

Pour pouvoir prétendre imposer le port obligatoire du masque, le gouvernement marocain a mobilisé son secteur textile pour la production de masques « grand public ». La capacité de production est de cinq millions de masques par jour, qui sont distribués par des entreprises laitières dans tous les commerces locaux pour approvisionner la population. Ce masque 100 % marocain fait la fierté des nationaux au même titre que d’autres initiatives, comme la remise sur pied d’une unité de production de gel hydroalcoolique et la création d’un respirateur artificiel lui aussi 100 % marocain…

Le même esprit s’observe aussi sur le plan économique. Le fonds spécial Covid-19 en est une bonne illustration. Destiné à assurer la relance économique par un report des charges, des garanties et des prolongements de prêt ainsi qu’un soutien financier aux particuliers à hauteur de 75 % du salaire minimum, ce fonds devait initialement être abondé à hauteur d’un milliard d’euros. Ce montant a été rapidement dépassé après une multiplication de dons d’acteurs privés et institutionnels et pourrait atteindre 3 % du PIB, plaçant la relance marocaine dans le même ordre de grandeur que les plans européens…

La reconfiguration de l’outil industriel marocain vers la production de masques, de respirateurs et de gel hydroalcoolique est enfin une aubaine diplomatique. Bientôt, les premières commandes de masques « grand public » seront livrées à une Europe beaucoup trop dépendante de ses approvisionnements chinois. Mais les autorités ne perdent pas de vue leurs ambitions régionales en se tournant vers l’Afrique…

Touchée de plein fouet par la crise sanitaire et la chute des prix des matières premières (pétroles, produits agricoles), l’Afrique fait face à une crise économique d’une ampleur bien supérieure à celle de 2007-2008. Selon l’Union africaine, vingt millions d’emplois seraient menacés et les acquis de développement de la dernière décennie, effacés par cette crise multidimensionnelle. Bien sûr, l’Afrique ne se sauvera pas toute seule, mais l’exemple marocain lui donne à voir qu’elle peut agir avec ses ressources propres, sans attendre une aide internationale incertaine à condition de mobiliser sa population et de faire preuve d’esprit d’initiative…

synthèse de Abderrazzak Boussaid /Le 7tv

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