Le temps de Souffles est révolu.

 

Par Driss Najib

74 ans – Economie / Philosophie – Anthropologie

Lorsque, je me fus fait offrir un P.C, heureux comme un gamin, je crus que l’opacité du monde me deviendrait moins pénible et la solitude, moins pesante. Le savoir, à portée d’un clic, m’y invitait gratuitement, contrairement aux livres qui me brulaient les doigts dés que j’essayais de les feuilleter. Quant à la compagnie je n’avais que l’embarras du choix ; de toutes parts des « amis » aux noms bizarres me tendaient les bras. Certes, ils n’étaient ni de chair ni de sang, virtuels, mais moins exigeant, loin très loin, presqu’inexistants mais présents et disponible par la magie d’une « souris ».

Cependant, je sentais mon bonheur incomplet, manquer de quelque chose. Quelque part il y avait un vide ou plutôt une absence.

Les circonstances historiques après les années soixante dix, jouèrent, sans aucun doute, un grand rôle dans l’évanouissement de l’Esprit marocain, qui, après un sommeil séculaire, tentait de renaitre dans notre nouvelle, jeune et prometteuse génération. Sans citer de noms, les pionniers qui portaient cet espoir constituaient une base solide pour des conquêtes futures, réelles et non chimériques. Mais, leur petit nombre et la langue-outil de leur pensée leur furent fatals face aux « nouveaux intellectuels », initiés à la « modernité » dans la langue du Coran, au Moyen Orient. Ils envahirent l’Université, bientôt rejoints par les « Frères musulmans », réfugiés de Syrie. Il arriva ce qui arriva à ces hommes qui, du haut de la tour de Babel, voulurent défier Dieu. Ce dernier courroucé, les punit de ce crime de lèse majesté en les privant de tout enseignement et compréhension réciproque, ils ne parlaient plus la même langue, ils étaient interdits de communication. Vint alors la globalisation ; Internet se joua de Dieu et rendit caduc ses interdits ; désormais « tout le monde communique avec tout le monde ».

J’étais donc en droit d’attendre de cette libération de la parole, la découverte de la pensée des héritiers de la génération des pionniers. Malheureusement je n’ai trouvé ni fils de pionniers ni pensée, et je me suis dit, alors, qu’il n’y a peut être ni fils de pionniers ni pensée ; il n’y a que des animateurs de télévision et des « professeurs universitaires » écrasés sous le poids des traites de fin de mois.

Le temps de « Souffles » et de « Lamalif » était bien révolu.

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