L’Algérie en flammes : Les incendies, les pannes d’électricité et le chaos dévoilent le véritable visage d’un régime plus fort en propagande qu’en gouvernance

Pendant des décennies, le régime militaire algérien a bâti un récit autour d’une prétendue « puissance régionale autoproclamée », multipliant les discours grandiloquents et les déclarations triomphalistes destinées à manipuler l’opinion publique nationale. Mais, comme souvent, la réalité finit par rattraper la propagande. Aujourd’hui, ce ne sont ni les opposants ni les médias qui mettent en difficulté ce récit officiel : ce sont les flammes, les coupures d’électricité et les pénuries alimentaires à répétition.

Les gigantesques incendies qui ravagent plusieurs régions d’Algérie mettent cruellement en évidence les failles d’un État qui se veut puissant mais qui peine à assurer les missions les plus élémentaires de protection de sa population. Des milliers d’hectares de forêts partent en fumée, des villages sont menacés, des habitants évacués dans l’urgence, tandis que les secours semblent souvent dépassés par l’ampleur de la catastrophe.

Le constat est d’autant plus accablant qu’un élément revient avec insistance : l’absence d’une véritable flotte de Canadairs capable de combattre efficacement les feux de grande ampleur. Alors que plusieurs pays méditerranéens investissent depuis des années dans des moyens aériens spécialisés pour faire face à des incendies devenus récurrents sous l’effet du changement climatique, Alger apparaît dramatiquement démunie. Les appels à l’aide se multiplient, les interventions terrestres se heurtent à un relief difficile, et les flammes continuent leur progression.

À cette incapacité opérationnelle s’ajoute une autre réalité tout aussi préoccupante : les pannes d’électricité qui affectent plusieurs régions au moment même où les incendies font rage. Dans un contexte de fortes chaleurs, ces coupures aggravent les conditions de vie des habitants, compliquent le travail des secours et soulignent la fragilité d’infrastructures énergétiques pourtant présentées depuis des années comme un modèle grâce aux immenses ressources gazières du pays.

Comme lors des récentes intempéries, qui avaient transformé des wilayas entières en zones sinistrées, les événements actuels mettent une nouvelle fois à nu les profondes carences structurelles de l’État. Les images diffusées par les habitants montrent un pays confronté à des infrastructures vieillissantes, à des équipements insuffisants et à une gestion de crise souvent improvisée.

Mais au-delà des incendies eux-mêmes, c’est la stratégie de communication du pouvoir qui apparaît particulièrement fragilisée. Alors que les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant l’ampleur des destructions, les médias officiels restent souvent d’extrême déni. Cette forme de black-out informationnel, dénoncée par de nombreux observateurs, nourrit davantage encore le sentiment d’un décalage profond entre le discours officiel et la réalité vécue par les citoyens.

Depuis des années, des sommes considérables sont mobilisées pour soutenir un appareil sécuritaire et militaire omniprésent, financer une diplomatie de confrontation ou entretenir un discours nationaliste permanent. Pendant ce temps, les investissements dans la prévention des catastrophes, la modernisation des infrastructures, l’entretien des forêts ou le renouvellement des équipements de secours semblent loin d’avoir constitué une priorité.

Les incendies actuels prolongent ce constat. Ils montrent qu’au-delà des slogans politiques et des discours sur la souveraineté, un État se mesure d’abord à sa capacité à protéger sa population, à anticiper les crises et à mobiliser rapidement des moyens adaptés. Sur ce terrain, les difficultés rencontrées soulèvent de nombreuses interrogations.

La puissance d’un pays ne se proclame pas dans les communiqués officiels ni dans les tribunes diplomatiques. Elle se vérifie lorsque les citoyens sont confrontés à des catastrophes naturelles, lorsque les infrastructures résistent aux intempéries, lorsque les réseaux électriques tiennent malgré les fortes chaleurs et lorsque les services de secours disposent des moyens nécessaires pour sauver des vies.

Les flammes qui dévorent aujourd’hui des régions entières d’Algérie ne consument pas seulement des forêts. Elles consument aussi, aux yeux de nombreux observateurs, le récit d’un régime qui revendique sans cesse sa puissance mais dont les limites apparaissent chaque fois que le pays est confronté à une crise majeure.

Derrière la rhétorique officielle, les incendies, les coupures d’électricité et les difficultés opérationnelles et les pénuries alimentaires révèlent une réalité beaucoup moins flatteuse : celle d‘un État en décomposition avancée.

Abderrazzak Boussaid/Le7tv