Boualem Sansal dénonce la répression du régime militaire algérien et annonce son intention de poursuivre Tebboune devant la justice internationale

L’année d’emprisonnement de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus marquants de la dérive autoritaire du régime militaire algérien. À travers le témoignage glaçant qu’il a livré à la chaîne belge RTL, l’auteur décrit un système où la parole libre est criminalisée, où les droits élémentaires de la défense sont bafoués et où la surveillance permanente remplace l’État de Droit.

Incarcéré après avoir exprimé des opinions critiques à l’égard des autorités algériennes et évoqué des questions historiques relatives aux frontières entre le Maroc et l’Algérie, Boualem Sansal affirme avoir vécu près d’une année dans un isolement presque absolu. Selon son récit, son avocat n’a jamais été autorisé à lui rendre visite, une situation qu’il considère comme une atteinte grave aux garanties fondamentales d’un procès équitable.

« Mon avocat était refusé. Mon seul contact avec l’extérieur, c’étaient les rumeurs qui circulent en prison », confie l’écrivain. Une déclaration qui illustre, selon lui, le fonctionnement d’un appareil répressif où l’isolement devient un instrument de pression psychologique.

Même les rares visites de son épouse se déroulaient derrière une vitre, sous une surveillance constante. « On est scruté, on est épié, on est espionné », résume-t-il, décrivant un univers carcéral où aucune intimité n’était tolérée.

Au-delà de son cas personnel, cette affaire ravive les critiques récurrentes formulées par de nombreuses organisations internationales concernant les restrictions des libertés fondamentales en Algérie, notamment la liberté d’expression, la liberté de la presse et les droits de la défense. L’incarcération d’intellectuels, de journalistes et de militants continue d’alimenter les inquiétudes sur l’évolution des droits humains dans le pays.

Boualem Sansal affirme n’avoir jamais cessé d’espérer grâce à la mobilisation grandissante observée en France, en Belgique, en Allemagne, en Italie et dans plusieurs autres pays européens. Il dit avoir compris progressivement que son affaire dépassait sa personne pour devenir le symbole d’un combat plus large contre les atteintes aux libertés fondamentales.

L’écrivain annonce désormais son intention de poursuivre le président Abdelmadjid Tebboune devant une juridiction internationale, estimant que sa condamnation pour des accusations de terrorisme, d’espionnage et d’atteinte à la sûreté de l’État relevait d’une instrumentalisation de la justice destinée à faire taire une voix dissidente.

Il évoque également le cas du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné en Algérie, qu’il présente comme une nouvelle illustration d’une justice utilisée contre des personnalités jugées dérangeantes.

À 80 ans, Boualem Sansal sort libre, mais profondément marqué. Sa grâce présidentielle ne constitue pas, selon ses propres mots, une véritable réparation. Elle ne répond ni aux nombreuses interrogations soulevées par les conditions de son procès ni aux critiques persistantes visant le fonctionnement des institutions algériennes.

Son témoignage résonne désormais bien au-delà des frontières algériennes. Il pose une question fondamentale : jusqu’à quand le pouvoir algérien continuera-t-il à répondre aux opinions critiques par l’emprisonnement, la surveillance et la répression plutôt que par le débat démocratique ? Pour de nombreux observateurs, l’affaire Boualem Sansal restera comme l’un des épisodes les plus révélateurs des tensions entre la volonté de contrôler la parole publique et les aspirations croissantes à davantage de libertés et d’État de droit

Abderrazzak Boussaid/Le7tv