La Tunisie, autrefois citée en exemple après les soulèvements arabes de 2011, sombre aujourd’hui dans l’arbitraire le plus brutal. Le jeudi 1er octobre 2025, Saber Chouchane, un simple citoyen de 41 ans, ouvrier journalier et père de trois enfants, a été condamné à mort par la chambre criminelle du tribunal de première instance de Nabeul. Son crime ? Avoir osé publier des critiques satiriques sur Facebook à l’encontre du dictateur de Carthage, Kaïs Saïed.
Sous le pseudonyme « Kaïs Ettais » – « Kaïs l’infortuné » – Saber Chouchane s’exprimait dans un espace numérique réduit : à peine 260 abonnés, une dizaine de réactions par publication. Autrement dit, une voix presque inaudible dans le brouhaha des réseaux sociaux. Mais dans la Tunisie de Saïed, l’ombre du pouvoir traque la moindre étincelle d’ironie comme une menace existentielle.
L’acharnement judiciaire contre cet homme ordinaire révèle la dérive totalitaire d’un régime qui n’hésite plus à brandir la peine capitale pour étouffer la critique. Les charges retenues sont d’une absurdité glaçante : « outrage au président de la République », « atteinte visant à modifier la forme de l’État » et « diffusion de fausses nouvelles ». En clair : Kaïs Saïed se considère au-dessus du peuple, de la Constitution et de toute contestation, transformant la Tunisie en prison à ciel ouvert.
Ce verdict monstrueux, d’une sévérité inédite, illustre le visage réel d’un président qui se rêve en censeur suprême et en juge suprême. La justice tunisienne, devenue simple instrument d’oppression, a exécuté sans trembler la volonté d’un homme qui s’accroche à son trône par la peur et la répression.
Saber Chouchane n’était ni un opposant organisé, ni un meneur politique, ni un agitateur de masse. Il était un père de famille, un ouvrier, un citoyen qui croyait encore à son droit d’exprimer une pensée libre, fût-elle maladroite ou ironique. Son cas démontre que, dans la Tunisie de Saïed, nul n’est à l’abri. Chacun peut être désigné comme ennemi de l’État pour un simple post, une blague ou une critique.
La condamnation à mort de Saber Chouchane marque une ligne rouge : celle du basculement de la Tunisie dans une dictature ouverte, où la vie d’un homme ne pèse plus rien face à l’ego démesuré d’un président qui s’autoproclame la nation.
La communauté internationale, déjà silencieuse face à tant d’abus, porte désormais une responsabilité immense. Car laisser passer un tel crime d’État reviendrait à légitimer l’assassinat judiciaire de tout citoyen tunisien qui ose encore rêver de liberté.
Kaïs Saïed a signé ce 1er octobre non seulement une condamnation à mort, mais aussi l’acte de décès des espoirs démocratiques du peuple tunisien.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv