Il existe des scandales silencieux qui ne font jamais la une. Pourtant, leurs conséquences sont dévastatrices. Celui qui se déroule actuellement en marge de la Coupe du Monde 2026 en est un parfait exemple. Pendant que les Lions de l’Atlas écrivent l’une des plus belles pages du football marocain, une autre histoire, beaucoup moins glorieuse, s’écrit dans les coulisses du marketing et de la communication. Une histoire de copinage… Une histoire de clans !
Une histoire où les budgets publicitaires semblent parfois distribués non pas selon la qualité du travail, l’audience, le professionnalisme ou l’investissement réalisé sur le terrain, mais selon la proximité, le copinage ou « l’amitié » avec certains annonceurs.
Des médias marocains légalement constitués, employant des dizaines de journalistes, de photographes, de vidéastes et de techniciens, ont mobilisé des moyens financiers considérables pour être présents aux États-Unis, au Canada et au Mexique afin de couvrir la Coupe du Monde. Ils ont payé des billets d’avion hors de prix, réservé des hôtels, financé des équipes techniques et assumé les coûts exorbitants qu’impose un événement planétaire. Ils produisent des reportages, des interviews exclusives, des analyses, des directs, des contenus vérifiés. Ils représentent le journalisme marocain sur la plus grande scène médiatique mondiale. Et pourtant…Au moment où ils devraient naturellement bénéficier du soutien des annonceurs marocains, ils sont ignorés.
Pire encore, les budgets publicitaires semblent parfois prendre la direction de simples pages personnelles, de créateurs de contenus improvisés, de vlogeurs dont le principal mérite est d’appartenir au « bon cercle » ou de fréquenter les bonnes personnes chez les annonceurs !
Depuis quand un selfie devant un stade vaut-il davantage qu’un reportage réalisé par une rédaction professionnelle ?…Depuis quand quelques milliers de « likes » remplacent-ils des années d’expérience journalistique ?…Depuis quand le buzz est-il devenu plus important que l’information ?…Cette dérive n’est pas seulement injuste….Elle est dangereuse pour la survie de la presse !…
Lorsqu’on affaiblit les médias professionnels, on affaiblit la démocratie de l’information. Lorsqu’on détourne les investissements vers une logique d’entre-soi, on encourage la médiocrité, on décourage le professionnalisme et on pousse les rédactions sérieuses vers la précarité.
Le plus inquiétant est que personne n’ose vraiment en parler. Tout le monde connaît ces mécanismes. Tout le monde connaît ces réseaux. Tout le monde sait que certains budgets semblent circuler dans des circuits fermés où l’on récompense davantage les affinités que les performances.
Mais chacun préfère se taire. Par peur de perdre le peu qui reste. Par peur d’être blacklisté. Par peur de déranger. Pourtant, la vraie question est simple : quel paysage médiatique les annonceurs veulent-ils construire ?
Veulent-ils un Maroc où des rédactions investissent des millions de dirhams pour couvrir les grands événements internationaux, former des journalistes et produire une information crédible ? Ou préfèrent-ils un univers où l’influence remplace le journalisme, où les relations personnelles remplacent les critères professionnels et où la communication se résume à quelques vidéos éphémères destinées à disparaître dans le flux des réseaux sociaux ?
Mais lorsque l’argent destiné à soutenir la visibilité des marques cesse de récompenser le travail journalistique pour alimenter une logique de copinage, c’est tout un secteur qui vacille. Les annonceurs portent une responsabilité immense. Leurs investissements ne sont pas neutres. Ils façonnent le paysage médiatique de demain. Chaque dirham investi est aussi un choix de société.
Aujourd’hui, beaucoup de médias ont le sentiment amer que ce choix ne se fait plus sur la compétence, la crédibilité ou le mérite, mais sur l’appartenance à un réseau. À force de privilégier les copains, on finit par sacrifier les professionnels. À force de financer le paraître, on assèche ceux qui produisent l’information.
Et à force de confondre communication et journalisme, certains annonceurs risquent de devenir les fossoyeurs d’une presse qu’ils prétendent pourtant défendre lorsqu’il s’agit de vanter leur engagement citoyen.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv