Une rencontre diplomatique tripartite, tenue le 26 décembre à Nouakchott entre la Mauritanie, le Maroc et les États-Unis, a attiré l’attention des observateurs régionaux par sa forme inhabituelle et son timing hautement symbolique. Réunis loin des formats protocolaires classiques, le Ministre Mauritanien des Affaires Étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, l’Ambassadeur du Maroc à Nouakchott, Hamid Chabar, et la Chargée d’Affaires de l’Ambassade Américaine en Mauritanie, Corina R. Sanders, ont échangé sur des questions d’intérêt commun dans un contexte régional en pleine recomposition.
Officiellement, la diplomatie mauritanienne s’est limitée à une communication sobre, indiquant que la réunion, organisée au siège du Ministère des Affaires Étrangères, avait pour objectif un échange de points de vue général. Toutefois, la coïncidence de cette rencontre avec l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de Sécurité de l’ONU sur le Sahara Marocain lui confère une portée politique qui dépasse le simple cadre d’une concertation ordinaire.
Un contexte international en mutation:
Les États-Unis, qui ont joué un rôle central dans la rédaction de la résolution 2797, multiplient depuis plusieurs mois les consultations avec les acteurs régionaux directement concernés par la stabilité du Maghreb et du Sahel. Dans cette dynamique, la Mauritanie apparaît comme un partenaire clé, en raison de sa position géographique et de son rôle de voisin immédiat du Sahara marocain.
Pour de nombreux analystes, Washington ne chercherait pas nécessairement à provoquer un revirement spectaculaire de la position mauritanienne sur ce dossier sensible, mais plutôt à instaurer un cadre minimal de coordination régionale autour des nouvelles orientations fixées par le Conseil de Sécurité, afin de prévenir les tensions et de favoriser un climat propice à une solution politique durable.
La Mauritanie, entre neutralité et réalisme:
Fidèle à sa ligne diplomatique, la Mauritanie continue d’afficher une posture de « neutralité positive », évitant toute prise de position publique tranchée. Cette approche n’exclut toutefois pas une implication pragmatique dans les mécanismes de concertation régionale, notamment lorsque les évolutions internationales ont des répercussions directes sur sa sécurité et ses intérêts économiques.
À cet égard, plusieurs observateurs rappellent que la reconnaissance par Nouakchott du passage de Guerguerat comme point frontalier officiel avec le Maroc constitue un signal fort, traduisant une adaptation progressive aux réalités du terrain et aux nouvelles orientations du processus onusien.
Un réalignement diplomatique progressif:
Selon Mohamed El Ghaith Maâ El Aïnine, vice-président du Centre marocain de la diplomatie parallèle et du dialogue des civilisations, cette rencontre tripartite illustre l’émergence d’un réalignement régional autour du cadre fixé par la résolution 2797. Celle-ci consacre l’initiative marocaine d’autonomie comme la seule base sérieuse et réaliste de négociation, réduisant considérablement l’espace des lectures alternatives du conflit.
Cette évolution tend également à marginaliser les acteurs qui persistent dans une logique de confrontation, au premier rang desquels l’Algérie et le front Polisario, de plus en plus perçus comme des facteurs de blocage plutôt que comme des partenaires crédibles du processus politique.
Une concertation révélatrice:
Pour le journaliste mauritanien Cheikh Ahmed Amine, spécialiste des affaires maghrébines, la réunion de Nouakchott ne doit ni être surinterprétée ni minimisée. Sa forme discrète, son calendrier précis et la nature des participants traduisent avant tout une volonté d’écoute et de coordination, plutôt qu’un changement officiel de doctrine.
La présence simultanée du Maroc et des États-Unis souligne néanmoins le poids croissant du dossier du Sahara dans l’agenda international. Pour la Mauritanie, il s’agit avant tout d’anticiper les implications sécuritaires, politiques et économiques de ces évolutions, tout en préservant son équilibre diplomatique.
En définitive, cette diplomatie sans protocole reflète une réalité nouvelle : le règlement du dossier du Sahara marocain entre dans une phase où la concertation régionale, même discrète, devient incontournable, et où les positions figées laissent progressivement place à une approche fondée sur le pragmatisme et la stabilité.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv