Une fois encore, le Président Algérien a offert un spectacle bien rodé d’autosatisfaction officielle. Devant un Parlement docile, acquis d’avance et réduit au rôle de chambre d’écho, Abdelmadjid Tebboune a livré un discours fleuve sur « l’état de la nation », saturé de chiffres flatteurs, de promesses grandiloquentes et de proclamations triomphalistes, au point d’évoquer un prétendu « miracle algérien ! ». Une mise en scène soigneusement orchestrée, mais profondément déconnectée de la réalité économique et sociale du pays.
Pendant près de deux heures, le chef de l’État a aligné des statistiques présentées comme autant de preuves irréfutables du redressement du pays : inflation maîtrisée, croissance soutenue, investissements en plein essor. Une avalanche de chiffres, souvent invérifiables, parfois contradictoires, mais toujours brandis comme des vérités révélées, dans un exercice désormais classique de propagande économique.
Des chiffres magiques pour masquer une économie sous perfusion:
Durant son discours, le Président Algérien s’est bien gardé de mentionner que les institutions financières internationales soulignent régulièrement la fragilité structurelle de l’économie algérienne, son extrême dépendance aux hydrocarbures et l’absence de réformes profondes du climat des affaires.
Les déclarations sur les 19.000 projets enregistrés par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement cette année 2025, ou sur les quelques 13.000 Startup (un chiffre totalement imaginaire et farfelu), relèvent davantage de l’effet d’annonce que d’une réalité productive tangible. Combien de projets réellement opérationnels ? Combien d’emplois durables créés ? Combien de capitaux effectivement mobilisés hors secteur énergétique ? Autant de questions soigneusement évitées dans un discours où la quantité remplace l’analyse, et où l’affichage tient lieu de politique économique.
Hydrocarbures, rente et impasse structurelle:
Derrière la rhétorique de la diversification se cache une réalité brutale : l’Algérie demeure prisonnière de la rente pétrolière et gazière. Même la baisse conjoncturelle des revenus énergétiques, liée aux marchés internationaux, est présentée comme le fruit d’une gouvernance éclairée, alors qu’elle masque mal l’absence d’un tissu industriel compétitif, la faiblesse chronique des exportations hors hydrocarbures et une bureaucratie lourde qui décourage l’investissement privé.
Les grands projets utopiques, miniers et ferroviaires, tels que Ghar Djebilet, sont exaltés comme des exploits historiques. Mais aucune réponse sérieuse n’est apportée sur leur rentabilité réelle, leur financement à long terme, ni sur les risques de surendettement qu’ils font peser sur les finances publiques. Le volontarisme étatique est célébré, tandis que la transparence et l’efficacité économique restent les grandes absentes.
Social : des promesses sans financement clair
Sur le plan social, le discours présidentiel verse dans le registre rassurant : État social préservé, pouvoir d’achat protégé, augmentations de salaires annoncées. Là encore, la communication l’emporte sur la cohérence budgétaire. Aucun détail précis sur les mécanismes de financement, aucune explication sur la manière d’absorber ces dépenses sans aggraver les déséquilibres financiers ni alimenter une inflation déjà fortement ressentie par les ménages.
Dans les faits, la population algérienne continue de subir pénuries, chômage structurel, perte de confiance et érosion du pouvoir d’achat. Une réalité que les ovations parlementaires ne suffisent plus à dissimuler.
Politique étrangère : posture idéologique et fuite en avant
Sur le plan international, le discours s’inscrit dans la continuité rigide de la doctrine algérienne : positions figées, slogans souverainistes et instrumentalisation de causes régionales. Mais derrière cette posture de fermeté se profile une diplomatie de plus en plus isolée, incapable de s’adapter aux recompositions géopolitiques et aux nouvelles dynamiques économiques régionales. Le contraste est saisissant entre le ton martial du discours et l’affaiblissement progressif du poids diplomatique réel du pays.
Un régime sûr de son récit, mais en faillite de résultats:
Au final, ce discours illustre moins la vitalité d’un État que la fébrilité d’un régime enfermé dans l’autopersuasion. À force de chiffres abracadabrants et de proclamations sans lendemains, le pouvoir algérien tente de conjurer une réalité têtue : une économie moribonde, dépendante de la rente, minée par la défiance et incapable, à ce stade, de produire un développement durable et inclusif.
Entre fanfaronnade politique et contres-vérités économiques, le discours présidentiel révèle surtout une impasse : celle d’un système qui parle beaucoup, promet sans cesse, mais échoue à transformer ses slogans en progrès réel pour le peuple algérien.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv