Le journaliste, écrivain et opposant algérien, Hicham Aboud, a franchi une étape décisive sur le terrain du droit international. Mardi 23 décembre, il s’est rendu au siège des Nations Unies à Genève, où se trouve le Bureau du Conseil des Droits de l’Homme, pour y déposer une plainte officielle contre le régime algérien, qu’il accuse de violations manifestes et répétées des conventions internationales relatives aux droits fondamentaux.
Au cœur de cette démarche figure la violation de l’article 15 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit le droit à la nationalité et proscrit toute privation arbitraire de celle-ci. Une plainte qui, selon son auteur, ne relève ni du geste symbolique ni d’un simple acte de dénonciation médiatique, mais d’un dossier juridique solidement étayé.
Un dossier juridique accablant pour Alger
La plainte déposée à Genève s’appuie sur un ensemble de pièces probantes : documents administratifs officiels, procès-verbaux judiciaires établis en France, enregistrements audio et vidéo, ainsi que des correspondances formelles adressées au ministère algérien des Affaires Étrangères. Hicham Aboud affirme avoir épuisé l’ensemble des recours consulaires et diplomatiques, systématiquement bloqués, tant pour lui que pour les membres de sa famille.
Ces entraves administratives répétées, précise le dossier, ne peuvent être dissociées d’une volonté politique délibérée visant à le priver de ses droits civiques fondamentaux.
Une déchéance de nationalité déguisée
Selon les éléments transmis au Conseil des Droits de l’Homme, le refus persistant des autorités algériennes de renouveler les passeports de ses enfants, l’impossibilité d’obtenir des documents consulaires de base — certificats de célibat, enregistrement de mariages — ou encore le refus de délivrer un passeport à une fillette âgée de seulement quatre mois, constituent une déchéance de fait de la nationalité, opérée sans décision judiciaire ni acte administratif formel.
Ces pratiques, souligne la plainte, violent non seulement la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais également plusieurs dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, notamment celles relatives à la liberté de circulation, à la protection de la vie familiale et à l’interdiction des ingérences arbitraires de l’État.
Une répression politique transfrontalière
Réfugié politique depuis 1997, Hicham Aboud replace ces violations dans un contexte plus large de répression systématique des opposants algériens à l’étranger. Il rappelle avoir fait l’objet de poursuites judiciaires répétées en raison de ses prises de position politiques et de ses écrits critiques.
En 2022, son nom a été inscrit sur une prétendue « liste terroriste » publiée au Journal officiel algérien, sans base légale ni décision judiciaire. Toutes les tentatives de poursuites internationales engagées à son encontre — notices rouges, demandes d’extradition — ont été rejetées par Interpol et par les juridictions européennes, selon le plaignant.
Menaces, enlèvements et tentatives d’assassinat
La plainte dépasse largement le cadre administratif. Elle fait état de menaces directes contre la vie de Hicham Aboud, incluant une tentative d’assassinat en Belgique, une tentative d’enlèvement en France, ainsi qu’un enlèvement avéré à Barcelone en octobre 2024. Des faits qui, selon lui, sont documentés par des dossiers sécuritaires et judiciaires détenus par plusieurs États européens, mettant en cause l’implication présumée de services de sécurité algériens.
Un appel à une action urgente des Nations unies
Face à la gravité des faits exposés, le plaignant demande l’intervention immédiate des rapporteurs spéciaux des Nations Unies compétents en matière de droit à la nationalité, de protection des défenseurs des droits de l’homme et de lutte contre les détentions arbitraires. Il réclame également l’envoi d’une communication officielle urgente aux autorités algériennes, afin qu’elles mettent fin à ces violations et rétablissent l’intégralité de ses droits, ainsi que ceux de sa famille.
Cette plainte replace une nouvelle fois le régime algérien sous le feu des critiques internationales et met en lumière l’instrumentalisation des institutions étatiques à des fins de représailles politiques. Elle illustre comment des pratiques arbitraires s’exercent non seulement contre des opposants, mais aussi contre leurs familles, y compris des enfants, au prix d’une dégradation profonde de l’image de l’Algérie sur la scène internationale, en totale contradiction avec le discours officiel sur la souveraineté et la dignité nationale.
La rédaction/Le7tv