LES LIONS DE L’ATLAS, PEUVENT-ILS RATER LEUR COUPE D’AFRIQUE ?

La question, longtemps jugée presque sacrilège, commence pourtant à s’imposer dans le débat footballistique marocain. À l’issue du match nul frustrant face au Mali, une inquiétude grandissante traverse les tribunes, les plateaux télé et les réseaux sociaux : et si le Maroc était en train de se compliquer sa propre CAN… non pas par manque de talent, mais par des choix techniques discutables ?

Un potentiel immense… sous-exploité:

Jamais le Maroc n’a abordé une Coupe d’Afrique avec un tel réservoir de joueurs. Entre cadres confirmés, jeunes talents en pleine explosion et une génération U20 sacrée championne du monde, les Lions de l’Atlas disposent d’une profondeur rare à l’échelle continentale.

Et pourtant, sur le terrain, le constat est troublant : jeu prévisible, manque de folie offensive, animation stéréotypée et impression persistante que certains joueurs sont alignés davantage par fidélité que par performance actuelle.

L’entêtement comme ligne directrice:

Walid Regragui, artisan du parcours historique au Mondial 2022, bénéficie à juste titre d’un immense capital de confiance. Mais cette légitimité ne peut tout justifier. Depuis le début de la CAN 2025, le sélectionneur semble prisonnier de ses certitudes, reconduisant une ossature qui peine à créer du danger face à des blocs organisés et inférieurs sur le papier.

Plus préoccupant encore : l’impression que la hiérarchie est figée. Certains joueurs au rendement moyen continuent d’enchaîner les titularisations, pendant que d’autres, pourtant étincelants en club, restent cantonnés au rôle de figurants… voire absents de la liste.

Le cas Othmane Maamma, symbole d’un malaise:

Difficile, dans ce contexte, de ne pas évoquer le nom d’Othmane Maamma. Champion du monde U20, révélation de sa génération, le jeune attaquant marocain réalise actuellement une saison remarquable en Angleterre, où il enchaîne performances, buts et distinctions individuelles. Puissant, explosif, imprévisible, il incarne exactement ce qui manque aujourd’hui à l’attaque marocaine : la rupture, la créativité, l’insolence.

Son absence, dès le départ, de la réflexion sportive autour de la CAN interroge. Comment expliquer qu’un joueur affichant un tel niveau, forgé dans la compétition internationale et habitué à la pression, ne soit même pas intégré dans la rotation ? Pour beaucoup, Maamma n’est pas un cas isolé, mais le symbole d’une génération sacrifiée sur l’autel du conservatisme.

Une CAN ne se gagne pas avec le passé:

Le football africain a évolué. Les adversaires du Maroc analysent, s’adaptent et ciblent précisément les forces et les failles des Lions de l’Atlas. Miser uniquement sur des automatismes anciens et sur la mémoire d’un exploit mondial peut rapidement devenir un piège.

La CAN se gagne avec des choix courageux, une remise en question permanente et la capacité à injecter du sang neuf au bon moment. L’histoire de la compétition regorge de favoris éliminés non pas parce qu’ils étaient moins forts, mais parce qu’ils ont refusé d’évoluer.

Le temps presse:

Le Maroc n’est pas encore en danger immédiat. La qualification reste à portée, et le statut de favori demeure intact sur le papier. Mais le signal d’alerte est réel. Si Walid Regragui persiste dans une lecture rigide de son effectif, s’il continue à écarter des talents capables de changer le cours d’un match, alors oui, même à domicile, les Lions de l’Atlas pourraient passer à côté de leur Coupe d’Afrique.

La CAN 2025 ne pardonnera ni l’entêtement, ni la frilosité. Le public marocain n’attend pas seulement des résultats, il attend une équipe à la hauteur de son potentiel. Et ce potentiel, aujourd’hui, ne demande qu’à être libéré.

Abderrazzak Boussaid/Le7tv