Pour la première fois depuis sa libération, Boualem Sansal a pris la parole dimanche soir sur le plateau du journal de 20h de France 2. L’écrivain franco-algérien, libéré le 12 novembre après une année d’incarcération en Algérie, s’est exprimé avec prudence, affirmant « mesurer chacun de (ses) mots » en raison du climat diplomatique extrêmement sensible entre Paris et Alger.
Sansal, qui s’est toujours déclaré favorable au rapprochement entre les deux pays, a expliqué qu’il parlait avec retenue, lui qui se décrit comme habituellement “exubérant”. Il dit penser en permanence aux autres détenus, et notamment au journaliste français Christophe Gleizes, toujours emprisonné en Algérie. « Il n’est pas le seul. Des dizaines de prisonniers politiques se trouvent derrière les barreaux pour des motifs pour le moins obscurs », a-t-il déploré.
Christophe Gleizes, journaliste pour So Foot et Society, a été condamné en juin à sept ans de prison en première instance pour « apologie du terrorisme ». Son procès en appel est prévu le 3 décembre.
Boualem Sansal a également confié craindre pour la sécurité de ses proches : « Si je retourne en Algérie avec mon épouse, j’ai peur qu’on arrête aussi mon épouse », a-t-il révélé.
Dans un entretien accordé au Figaro, il a affirmé avoir compris très tôt les raisons de son arrestation : selon lui, son amitié avec l’ancien ambassadeur de France Xavier Driencourt et la reconnaissance par Paris de la pleine souveraineté du Maroc sur le Sahara, position vivement rejetée par Alger, ont joué un rôle déterminant.
La crise diplomatique entre la France et l’Algérie s’est en effet aggravée depuis juillet 2024, lorsque le président Emmanuel Macron a apporté un soutien total au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, provoquant l’ire du régime algérien.
À 81 ans, l’écrivain dit tenter de réapprendre à vivre libre : « On redécouvre des odeurs, des sons, des sensations qu’on avait oubliées », confie-t-il. Soigné pendant sa détention pour un cancer de la prostate, il assure aujourd’hui être « en bonne santé » et avoir bénéficié d’un traitement « remarquable ».
Abderrazzak Boussaid/Le7tv