Younes Mjahed, le Président de la Commission provisoire pour la gestion des affaires du secteur de la presse et de l’édition a vivement réagi à l’organisation, par le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), d’une table ronde tenue le 15 septembre dernier. Dans une lettre adressée à cette institution, il dénonce une « usurpation de qualité » et une « dévalorisation de la représentativité » des journalistes.
Des participants sans légitimité professionnelle:
Selon Younes Mjahed, l’événement du CNDH a réuni des personnes « étrangères à la profession », ne disposant d’aucune carte de presse, et donc non habilitées à représenter la corporation. Pour les responsables de la presse, il s’agit d’une violation manifeste de la loi encadrant le statut de journaliste professionnel. En signe de protestation, le comité a choisi de boycotter la rencontre, refusant de cautionner ce qu’il qualifie d’atteinte à la crédibilité et à la représentativité du métier.
Un rapport précipité et controversé:
L’affaire a pris une tournure plus polémique encore lorsque le rapport du CNDH a été publié à peine 48 heures après la table ronde. Un délai jugé trop court pour un travail sérieux, et qui a amené plusieurs observateurs à conclure que le document était en réalité déjà rédigé en amont. Une suspicion qui jette le doute sur la transparence et le sérieux de la démarche.
Une confusion entretenue autour de l’autorégulation:
Sur le fond, Younes Mjahed a critiqué le rapport pour avoir dilué le débat sur l’autorégulation de la presse dans des généralités relatives aux droits humains et à la liberté d’expression. Une approche jugée trompeuse par le comité, car elle risque de faire croire à l’opinion publique que l’instance d’autorégulation devrait garantir l’ensemble des principes universels des droits de l’Homme, alors que son mandat porte spécifiquement sur l’organisation de la profession journalistique.
Recommandations en porte-à-faux avec les standards internationaux:
Autre reproche majeur de Younes Mjahed : les recommandations émises par le CNDH ne sont pas en cohérence avec les standards internationaux souvent cités comme références dans le document. Au contraire, elles apparaissent comme purement locales, sans réelle valeur ajoutée issue des expériences étrangères. Le comité rappelle que dans les pratiques internationales, une distinction claire est faite entre l’autorégulation de la profession et les conditions d’accès au métier, ce que le rapport ne reflète pas.
L’intégration contestée des créateurs de contenus:
Pour Younes Mjahed, l’un des points les plus polémiques concerne la suggestion d’élargir la représentativité aux volontaires dans le secteur médiatique et aux créateurs de contenus numériques. Une proposition perçue comme une tentative d’ouvrir la porte aux « intrus » et aux « usurpateurs de titre », en contradiction avec la tendance mondiale qui va dans le sens inverse : renforcer les conditions d’accès et protéger la profession contre les dérives.
Une atteinte à la crédibilité de la presse marocaine:
Derrière cette controverse, Younes Mjahed affirme que c’est la légitimité de la profession qui se trouve en jeu. Le comité provisoire met en garde contre les conséquences d’un tel glissement, qui risque de fragiliser la presse marocaine à un moment où elle doit au contraire consolider ses bases, renforcer sa crédibilité et se protéger contre les menaces extérieures comme intérieures.
Abderrazzak Boussaid/Le7tv