Qui sème le vent, récolte les tourments.

Samir Zerouali, Marocain âgé de 52 ans /  Romancier 

Les tabliers blancs semblent cacher l’usure des vêtements portés. Les pieds sont chaussés de sandales pour les garçons et de ballerines rapiécées pour les filles. Nous sommes à la sortie d’un lycée collégial à Casablanca. Ces enfants, tous issus de quartiers pauvres, paraissent fatigués et peinés, car peu d’entre eux ont bien dormi la veille. Chacun de ces petits êtres fragiles, vous ferait pleurer par son histoire. Les bagarres nocturnes devenues habituelles dans leurs rues, avec les cris vulgaires et verbes acerbes, concomitants à l’absence de nutritions équilibrées, indispensables aux facultés physiques et à l’épanouissement de leurs réflexions. Pour d’autres, il faut rajouter l’emprisonnement du père, ou sa pure et simple disparition. Et les mères, si elles sont encore de ce monde, paraissent toujours dépassées. La majorité d’entre elles sont sans emploi. Les plus chanceuses gagnent un petit pécule en faisant le ménage. Beaucoup malheureusement ne sont que des mendiantes, et parfois même des prostituées. Ces enfants souffrent intérieurement et sont souvent livrés à leur propre sort. Leurs seules distractions, se résument aux programmes nuls et sans valeurs des télévisions, se limitant aux publicités de lessives, aux feuilletons turcs ou aux jeux de mauvais goûts, entre artistes devenus la risée du pays. Sinon ils peuvent toujours regarder le monde par leurs fenêtres. Un monde de jeunes, à peine plus âgés qu’eux, ayant eu le même cheminement, jusqu’à atteindre la vérité du pavé. La vérité de la dépravation quotidienne, qui s’enlise de plus en plus vers un enfer abyssal. Ceux qui se trouvent dans cette rue, à tenter de voler pour mieux s’habiller et pour manger à leur faim, avaient eux-mêmes déjà été à l’école. Une école vers laquelle tant d’espoirs étaient fondés. Cette école à laquelle ils aspiraient, pour qu’elle fût l’échappatoire à leur misère et à leur désarroi. Mais le manque d’encadrement ne libéra que des sentiers escarpés, parsemés de drogues et de malveillances. En regardant donc ce monde de leurs fenêtres, ils sont apeurés et inquiets que leur avenir soit identique en devenir.
Leurs craintes sont légitimes, car rien ne semble s’arranger dans leurs écoles. D’autant plus qu’ils savent pertinemment que leurs entrées en 6ème ne furent pas méritantes. Il y a des vérités que personne n’ose avouer, et dont le raisonnement est simple : Comment expliquer la différence flagrante, entre les moyennes des deux contrôles continus et celle du normalisé ? Ou serait-il plus judicieux de dire : Pourquoi la moyenne du normalisé, est-elle nettement inférieure à celles des deux contrôles continus ? Il faut rappeler que les contrôles continus, sont sous tutelles et arbitrages des professeurs tout au long de l’année. Tandis que les normalisés sont organisés par l’académie, dans des centres d’examens, sous les surveillances effectives de la direction régionale et de professeurs indépendants. Il est clair que c’est l’examen du normalisé qui reflète le véritable niveau de l’élève. Les constats sont alarmants, car sans l’ajout des contrôles continus pour une moyenne annuelle générale, une grande majorité des concourants seraient recalés. Les interrogations dévalent avec leurs cascades de questions : Qui aurait intérêt à ce que les notes des élèves soient injustement renflouées ? Ou alors : qui serait pénalisé par le nombre important de redoublants en classe ?
Cette faiblesse en langue Française prend ses sources dans l’enseignement primaire. Elle tire ses racines d’un manque de formation évident des enseignants. Et les fruits en sont que les élèves, sont dans l’impossibilité de suivre les matières scientifiques édictées en Français. Les programmes et les méthodologies de travail sont obsolètes et limitent les sens critiques des étudiants. Les moyens audio-visuels, permettant un enseignement moderne et efficace, sont totalement insuffisants. Cela frôle le ridicule.
La langue Française est un vecteur essentiel au développement de nos élèves. Le ministère de l’éducation l’a finalement admis et appliqué par décret. Malgré cela, certaines régions du Grand Casablanca, continuent d’arabiser les matières scientifiques. Cela veut dire que si un élève venait à changer d’établissement, il pourrait également varier sa langue d’étude. Cette situation est tout simplement inadmissible.
Le système éducatif ne doit pas être réformé mais complètement changé. Et n’oublions pas que nous parlons ici de la capitale économique du Maroc. Inutile de soulever les déficiences des autres villes, encore moins dans les milieux ruraux. Notre jeunesse se drogue et s’adonne au vol par agression. Si l’insécurité règne dans nos rues, le système éducatif en est majoritairement responsable. Responsable par l’incompétence et la malhonnêteté de sa gouvernance. Car quelque soit le budget alloué, seulement des miettes arriveront à destination.